Des élues américaines ont fustigé mercredi une «guerre faite aux femmes» après qu’une cour d’appel de Floride a maintenu une décision statuant qu’une adolescente de 16 ans aux parents décédés n’était «pas assez mature» pour avorter.

La cour d’appel a confirmé la décision de la juge Jennifer Frydrychowicz, du comté d’Escambia, le 10 août dernier, de refuser la demande d’avortement d’une jeune femme de 16 ans, désignée par le pseudonyme «Jane Doe 22-B». La raison invoquée par deux des trois juges de la cour d’appel est que la jeune femme, n’était pas parvenue à montrer «par une preuve claire et convaincante qu’elle était suffisamment mature pour décider de mettre fin à sa grossesse».

En Floride, avorter est encore légal jusqu’à la 15e semaine après les dernières menstruations. «Jane Doe 22-B» était enceinte de seulement dix semaines lorsqu’elle a formulé sa requête d’une IVG car elle ne pouvait obtenir le consentement d’au moins un de ses parents, tous deux décédés, condition indispensable pour les mineures souhaitant avorter en Floride.

Le troisième juge de la cour d’appel a lui estimé dans une opinion divergente de celle de la majorité, que le dossier aurait dû retourner à la juge Jennifer Frydrychowicz, notant que la jeune femme avait été assez avisée pour faire des recherches sur Google «afin de comprendre ses options médicales et leurs conséquences». Il indique également que dans son recours «écrit à la main», l’adolescente «dit qu’elle «n’est pas prête à avoir un bébé», qu’elle n’a pas d’emploi, qu’elle est «encore à l’école» et que le père est incapable de l’aider». Le juge note aussi que la recourante affirme que son «tuteur est d’accord avec ce qu'[elle] veut faire».

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«Un exemple dangereux et terrifiant de la guerre faite aux femmes»

«Dans quel monde une personne de 16 ans est trop immature pour se faire avorter mais assez mature pour porter et élever un enfant?», a questionné sur Twitter l’élue démocrate de l’Ohio Joyce Beatty, appuyée par ses collègues Bonnie Watson Coleman du New Jersey et Katherine Clark du Massachussets. «C’est un exemple dangereux et terrifiant de la guerre faite aux femmes par la Floride», a tancé l’élue démocrate de cet Etat du sud-est des Etats-Unis, Lois Frankel, qui a jugé la décision «inacceptable» et a appelé à «combattre pour la santé, la sécurité et la liberté des femmes».

Sur les réseaux sociaux, de très nombreux internautes soulignaient aussi l’apparente incohérence du jugement et exprimaient leur colère, certains reprenant appelant à boycotter la Floride.

Dans un commentaire cinglant, une journaliste de Vanity Fair attaque frontalement les républicains au pouvoir en Floride (dont le gouverneur Ron DeSantis, pressenti comme candidat à la présidentielle). Selon elle, les élus de ce parti «bien sûr, ne se soucient pas vraiment de ce qu’implique une grossesse, considérant les femmes comme de simples vaisseaux reproducteurs, et [qui] se fichent complètement des enfants une fois qu’ils sont nés.» Elle avance par ailleurs que «le fait de savoir que l’on n’est pas prêt à avoir un enfant est en fait un signe clair de maturité».

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Depuis la décision de la Cour suprême, une dizaine d’Etats en ont déjà profité pour bannir l’IVG, la plupart du temps sans exception en cas d’inceste, de viol ou de danger pour la santé de la mère, et les associations de défense des droits des femmes craignent que près de la moitié des Etats ne soient concernés à terme.

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