De quoi Barack Obama doit-il avoir le plus peur? De l’état de l’économie qui, vendredi, a montré à nouveau des signes d’essoufflement avec une croissance réduite et un chômage à la hausse? Ou plutôt des frères et milliardaires Charles et David Koch? Depuis quelques semaines, l’état-major de la campagne électorale du président démocrate est en état d’alerte face aux fonds que les républicains sont en train de déverser dans la course à la Maison-Blanche et au Congrès.

Jamais l’argent des milliardaires et millionnaires américains n’a été un facteur aussi prépondérant. Un paradoxe si l’on songe au débat entamé l’automne dernier par le mouvement Occupy Wall Street qui fustigeait, par son slogan 1% (les ultra-riches) contre 99% (les Américains moyens), la démocratie censitaire américaine ou Corporate America. Les super-PAC, des super-comités d’action politique, et différentes organisations liées au camp républicain amassent actuellement près de 1 milliard de dollars pour influer sur le choix de celui qui siégera à la Maison-Blanche à partir de la fin janvier 2013 et sur la composition du Sénat que le Parti républicain entend reconquérir. A cette somme devraient s’ajouter 800 millions de dollars collectés par l’équipe de campagne du républicain Mitt Romney et le Comité national républicain. En face, les démocrates espèrent lever près de 1 milliard de dollars.

Parmi ces organisations conservatrices œuvrant à la défaite de Barack Obama le 6 novembre, figurent, selon Politico, plusieurs groupes gravitant autour des frères Koch, qui prévoient d’engager 400 millions de dollars dans la campagne. Leur présence dans l’arène politique est telle que le réseau Koch a déjà été surnommé Kochtopus en référence aux multiples tentacules de la pieuvre (octopus).

En comparaison, en 2008, le candidat républicain à la Maison-Blanche John McCain avait levé en tout et pour tout 370 millions de dollars. L’actuel président démocrate, que beaucoup ont décrit comme le meilleur «collecteur de fonds» de l’histoire politique américaine, avait lui-même rassemblé 750 millions de dollars, un record. L’organisation Americans for Prosperity, fondée par les Koch, est sans doute la plus en pointe. Elle a mené plusieurs offensives contre l’administration Obama pour combattre la réforme de la santé ou le plan de relance. Il a aussi soutenu l’ex-colistière de John McCain lors de la présidentielle 2008, Sarah Palin, puis l’autre égérie du Tea Party Michelle Bachmann.

L’ex-homme de l’ombre de George W. Bush, Karl Rove, n’est pas en reste. Il s’active au sein d’American Crossroads à tout entreprendre pour déboulonner Barack Obama. L’organisation conservatrice avait contribué à la victoire républicaine lors des élections de mi-mandat pour le Congrès en 2010. Autre figure du camp conservateur, Tom Donohue, président de la Chambre américaine de commerce, vise à investir 100 millions de dollars. Quant à la Republican Jewish Coalition, elle promet d’organiser la plus grande et plus onéreuse campagne jamais menée au sein de la communauté juive en prévoyant des dépenses dépassant les 6 millions de dollars.

Ce match à 3 milliards de dollars, rendu possible notamment par l’émergence des super-PAC, devrait se matérialiser par des campagnes de publicités massives à la télévision, à la radio, dans les journaux ainsi que par téléphone. Les démocrates ont des raisons de craindre leurs retombées. Lors des primaires républicaines, le candidat Mitt Romney a pu bénéficier du soutien massif du super-PAC Restore our Future. En Iowa, en Floride et en Ohio, l’ex-gouverneur du Massachusetts était en difficulté avant que sa machine de guerre ne se mette en route. La multiplication des publicités négatives contre ses rivaux républicains lui a permis de renverser la vapeur.

Mardi 5 juin donnera déjà une idée de l’impact que peut avoir l’argent en politique aux Etats-Unis. Le gouverneur du Wisconsin, Scott Walker, soutenu par le Tea Party, fait l’objet d’une élection dite de rappel, la troisième seulement jamais organisée dans le pays. Elle a été provoquée par des citoyens remontés contre sa politique conservatrice. L’enjeu est local, mais aussi national. Les milieux conservateurs issus du Wisconsin, mais aussi d’autres Etats, ont déversé plus de 30 millions de dollars pour maintenir Scott Walker en place. Les frères Koch sont bien entendu dans le coup.

Pour Barack Obama, la donne a donc changé. Réticent à recourir aux super-PAC, il s’y est désormais résigné et compte plus que jamais sur l’appui financier de Priorities USA Action.

Americans for Prosperity, fondée par les milliardaires Koch, est très en pointe dans le domaine