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Vendredi, à l’ouverture de la conférence, l’ancien ministre français de la culture et actuel président de l’Institut du monde arabe à Paris, Jack Lang, a plaidé pour que la réunion soit résolument tournée vers l’action.
© KARIM SAHIB / AP PHOTO

Patrimoine culturel

La Fondation pour le patrimoine en péril sera basée à Genève

Les représentants de 40 pays sont réunis à Abou Dhabi pour jeter les bases d’un fonds spécial pour protéger les sites menacés par les conflits

Des gravats et de la poussière. C’est tout ce qui reste de l’antique Nimroud dans la banlieue de Mossoul. Chassés par les peshmergas kurdes, les djihadistes ont quitté la zone en octobre laissant derrière les preuves de leur fureur destructrice et criminelle contre des ruines assyriennes d’importance capitale. Avant cela, il y a eu d’autres trésors archéologiques pillés ou irrémédiablement détruits, les Bouddhas de Bamiyan en Afghanistan, les mausolées de Tombouctou au Mali, Palmyre en Syrie, la liste est une insupportable litanie. Devant l’imminence des dangers qui planent sur des sites majeurs, le gouvernement français et les Emirats arabes unis ont lancé une initiative pour protéger le patrimoine culturel en péril.

Dans cette perspective, 13 chefs d’État et de gouvernement ainsi que les représentants d’une trentaine d’autres pays sont réunis cette fin de semaine à Abou Dhabi pour mettre en place un fonds spécial doté de 100 millions de dollars et un réseau de «sanctuaires» dans le monde entier où pourraient être mis à l’abri les biens culturels menacés par les conflits. Une fondation de droit suisse sera créée pour gérer le fonds. Elle devrait voir le jour en 2017 à Genève.

Plaidoyer pour l’action

Vendredi, à l’ouverture de la conférence, l’ancien ministre français de la culture et actuel président de l’Institut du monde arabe à Paris, Jack Lang, a plaidé pour que la réunion soit résolument tournée vers l’action: «Les acteurs privés et publics sont réunis au service de la protection du patrimoine menacé par les guerres, la barbarie et le terrorisme».

Mais concrètement, comment empêcher destructions et pillages? L’Unesco, a expliqué sa directrice générale Irina Bokova, est associée à la démarche et aura pour mission de recenser les menaces. Selon une liste récente 55 sites sont concernés sur les 1052 biens du patrimoine mondial. La clé du succès réside dans l’unité affichée des nations partenaires et dans la garantie de financement, explique Jack Lang contacté au téléphone après la séance inaugurale: «Notre initiative a reçu l’accueil qu’elle méritait et je ne doute pas qu’elle soit financée».

Trois axes centraux

Pour le reste, les moyens d’action restent flous. Selon les vœux des organisateurs, ils se déploieront sur trois axes, la protection pour «empêcher qu’un patrimoine puisse tomber dans des mains destructrices» comme l’a exprimé François Hollande; la lutte contre les trafics d’antiquités et la réhabilitation des monuments qui aurait été en tout ou en partie détruits. Jack Lang veut aussi sensibiliser les gouvernements et notamment les belligérants: «Nous allons parler au président yéménite qui sera à Abou Dhabi pour l’inclure dans notre démarche.» La tâche pourrait être compliquée, les forces saoudiennes conduisent une coalition qui bombarde les rebelles houthis au Yémen. Sanaa, dont la vieille ville est classée au patrimoine de l’humanité, a subi des dommages et reste exposée. Aucune des parties belligérantes ne semble prêter attention aux populations civiles et encore moins aux trésors culturels.

Le gouvernement syrien n’a pas été invité et cette absence illustre les difficultés qu’il y aura à travailler avec les Etats en guerre et au ban de la communauté internationale. «Nous tenterons d’impliquer la Russie et ferons pression sur les autres alliés de Damas», propose Jack Lang. Le cas syrien cependant montre les limites d’une initiative internationale de sauvegarde des biens culturels: les djihadistes échappent à tout contrôle et en face, si le département des antiquités a tenté de préserver ce qui pouvait l’être, le gouvernement a aussi instrumentalisé la protection des sites archéologiques à des fins politiques, n’hésitant pas à contribuer à leur mise en danger.

Des discussions entamées depuis cet été

La Fondation devrait s’inspirer du «Global Fund», le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, explique Jack Lang: «Nous avons choisi Genève en raison des organisations internationales, des conditions qui nous sont offertes, notamment la mise à disposition de locaux et un cadre qui nous permettra de fonctionner en toute transparence.» Le président du Conseil d’Etat genevois François Longchamp confirme l’installation prochaine: une décision «qui fait suite à des discussions entamées depuis cet été entre le Ministère des affaires étrangères français, la Confédération suisse et le canton de Genève. A ce stade, les modalités pratiques, tout comme les besoins de la fondation à venir restent à préciser.»

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