Se pourrait-il que le «meilleur» soit le premier écarté? Aussi bien la Confédération suisse que le canton de Genève restent convaincus que leur candidature est la plus qualifiée pour décrocher le siège du Fonds vert pour le climat. Il y a une dizaine de jours, face à un Jet d’eau illuminé en vert pour l’occasion, les responsables soulignaient encore la valeur de l’offre de la Suisse, qui s’est portée candidate pour abriter cet organisme dont l’objectif sera d’aider les pays en développement à faire face aux conséquences du changement climatique.

Depuis deux mois, Confédération et cantons mettent les bouchées doubles, se félicitant notamment de leur collaboration sans faille. Il aura pourtant suffi d’une question de procédure, anodine en apparence, pour que l’affaire se complique cruellement pour la candidature suisse face aux rivaux que sont l’Allemagne, la Corée du Sud, le Mexique, la Namibie et la Pologne. Lors de sa première réunion, le conseil exécutif du fonds (qui compte 24 membres) a en effet arrêté une procédure de vote en cinq tours qui élimine chaque fois le candidat le moins voté. Une perspective de cauchemar s’est alors ouverte pour la candidature suisse: celle de voir les votes se répartir auprès des alliés politiques ou régionaux des membres du conseil exécutif (les Africains derrière la Namibie, les Asiatiques en faveur de la Corée du Sud, l’Union européenne avec l’Allemagne…) et donc de voir disparaître les chances suisses dès le premier tour.

De fait, à plusieurs reprises déjà, des collègues ont promis leur soutien aux responsables suisses lors du… deuxième tour, c’est-à-dire après avoir voté dans un premier temps pour leur allié «automatique».

«Notre force, c’est la qualité de notre dossier», affirme l’ambassadeur Jürg Lauber, en charge du dossier à Berne, en insistant sur le fait que «les règles seront les mêmes pour tout le monde». Il souligne: «Le mandat des membres du conseil exécutif est clair: ils doivent identifier la candidature la plus apte à faire fonctionner le Fonds au mieux.» Même volonté de sérénité au bout du lac Léman. Olivier Coutau, délégué à la Genève internationale: «Même si le résultat final n’est pas encore connu, nous sommes convaincus de la qualité technique de la candidature suisse. Genève offre le meilleur environnement pour un Fonds vert efficace.»

Les uns et les autres savaient que le processus ne serait pas un chemin de roses, tant la concurrence s’annonçait rude. Mais il était difficile de prévoir que l’isolement politique de la Suisse puisse se révéler d’entrée de manière aussi claire.

Comme il le fait systématiquement depuis deux mois, le conseiller fédéral Didier Burkhalter a évoqué la question lundi devant son interlocuteur, en l’occurrence son homologue hongrois Janos Martonyi. Jeudi, il devrait plaider en faveur de la candidature suisse auprès du Français Laurent Fabius. Mais le Suisse fera aussi un détour au sein du siège de l’Organisation internationale de la francophonie, tentant, faute de soutiens plus solides, d’exploiter ce genre d’enceintes comme le Département des affaires étrangères l’a fait récemment à Téhéran, lors d’une réunion du Mouvement des non-alignés.

Les chances de la Suisse pourraient s’évaporer dès le premier tour