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Des supporters belges à Bruxelles, le 6 juillet 2016.
© NICOLAS MAETERLINCK/AFP PHOTO

Coupe du monde

Le foot, antidote au «chagrin» belge

Le Mondial de foot et les performances des Diables rouges auront au moins permis d’évacuer – temporairement – les tensions communautaires. Une victoire en demi-finale contre la France serait aussi un succès de la «belgitude»

Un déluge de drapeaux. Presque tous belges. Même à Anvers, capitale de la Flandre dominée politiquement par le parti nationaliste N-VA (Nouvelle Alliance flamande), le lion noir sur fond jaune, étendard de la région, a dû céder la place à la bannière tricolore noire-jaune-rouge. L’équipe nationale de football de la Belgique a, depuis trois semaines, instauré dans le royaume une forme de «parenthèse enchantée», sorte d’antidote contre le fameux «chagrin des Belges». La passion du ballon rond et des Diables rouges, qui affronteront ce soir l’équipe de France, a en effet éteint provisoirement les anathèmes communautaires. Au grand déplaisir du leader de la N-VA, le bourgmestre d’Anvers Bart De Wever, dont les fenêtres restent ornées du seul drapeau flamand…

Lire aussi: En football, la révolution belge

Ironie du calendrier: la demi-finale de ce soir pourrait même, en cas de victoire belge, gâcher la fête du parti nationaliste qui, en plus de tenir les rênes politiques en Flandre, est le poids lourd de la coalition fédérale, conduite depuis 2014 par le libéral francophone Charles Michel. Le 11 juillet est le jour de la fête de la communauté flamande. La Fête nationale, ponctuée à Bruxelles par un défilé militaire présidé par le roi Philippe, a, elle, lieu le 21 juillet. Elle pourrait donc, au mieux, succéder de peu à un triomphe en Russie d’Eden Hazard et de ses coéquipiers. Leur entraîneur, l’Espagnol Roberto Martinez, a au moins un mérite: «Il parle aux joueurs en anglais et ceux-ci leur répondent dans la même langue. Il a tué la querelle linguistique», ironisait, en marge du dernier sommet européen à Bruxelles, un diplomate belge.

«Les joueurs jouent ensemble»

Sur le fond, l’illusion née du stade ne durera sans doute pas. «Cela durera le temps d’une Coupe du monde. Mais ce type d’émotion collective positive, cela dit, dépasse le cadre du seul sport. Il fait réfléchir», explique avant la rencontre le politologue Jean-Michel De Waele, de l’Université libre de Bruxelles, cité par France Info. Difficile, en effet, de trouver un vecteur national plus puissant que le sport. La culture, en Belgique, est largement prisonnière de la langue.

Les régions Flandre et Wallonie sont concurrentes sur le plan économique, et pour attirer les entreprises. La région bruxelloise, bilingue, n’en finit pas de se chercher une identité avec son propre parlement et le parlement flamand (l’assemblée wallonne est à Namur). L’hymne national, La Brabançonne, est habituellement chanté dans les trois langues (compte tenu de l’existence, à l’est, d’une petite communauté germanophone). Alors? «Il faut distinguer la réalité de la fierté, poursuit Jean-Michel De Waele. Dans les faits, les communautés se côtoient. Dans le stade, les joueurs jouent ensemble. Ils produisent un sentiment national peu fréquent chez nous.»

«Le match Astérix-Tintin est un peu inégal»

En décembre 2006, un vrai-faux documentaire télévisé avait plongé le royaume d’environ 11 millions d’habitants (6,5 millions de Flamands face à 4 millions de francophones, plus 70 000 germanophones) dans l’abîme de ses peurs communautaires. Bye Bye Belgium avait notamment filmé la prétendue fuite d’Albert II, le souverain qui a abdiqué en juillet 2013, pour le Congo-Kinshasa. Puis avait suivi, en 2010-2011, l’interminable crise politique belge durant laquelle, pendant 514 jours, aucune coalition gouvernementale n’avait pu se mettre en place au niveau fédéral. On connaît la suite. Le pays avait tenu bon. Mais le moral des Belges était tombé au plus bas.

Les Diables rouges, qualifiés pour le Mondial brésilien en 2014, avaient quitté la compétition en quarts de finale, battus par l’Argentine. Les voici, face à la France, en position de cimenter un peu plus les fissures linguistiques. «Battre la France serait aussi, pour les flamingants néerlandophones, une satisfaction supplémentaire», jugeait, sur la radio RTBF, le dessinateur du Chat, Philippe Geluck. «Le match Astérix-Tintin est un peu inégal car n’oubliez jamais qu’Astérix prend des produits dopants contrairement à Tintin. Il y aura contrôle après le match», a-t-il ensuite ironisé sur RTL, montrant son célèbre chat déguisé en diable. Et d’ajouter: «Je ne peux pas choisir, je suis Belge donc forcément je supporte l’équipe, mais quel dilemme… Je ne veux passer pour un traître dans aucun des deux pays.» Pas sûr que les indépendantistes flamands apprécient…

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