Les Etats-Unis affrontent aujourd’hui au Brésil l’équipe de Belgique dans le cadre de la Coupe du monde de football. En cas de victoire, ils obtiendraient un résultat jamais obtenu à un tel niveau de la compétition. Les résultats sportifs de l’équipe américaine suscitent une vague d’enthousiasme à travers le pays. Certains espèrent que cette fois, le parcours des Etats-Unis au Brésil permettra au «soccer», le nom américain du football à l’européenne, d’enfin devenir un sport majeur en Amérique. Pour l’heure, ce sont toujours le football (américain), le baseball, le basketball et le hockey qui dominent largement la scène sportive outre-Atlantique. Dans les bars de New York ou de Brooklyn, de Los Angeles ou de Chicago, les Américains vibrent à la vue de la jouerie des footballeurs américains entraînés par l’Allemand Jürgen Klinsmann.

Le phénomène ne semble pas toucher la commentatrice politique ultra-conservatrice Ann Coulter qui ne rate jamais une occasion de provoquer. Selon elle, l’intérêt croissant des Américains pour le football (soccer) est un «signe de décadence morale». La réussite individuelle, selon elle, «n’est pas un facteur important» dans ce sport collectif. Il n’y a pas de héros, ni de compte à rendre, ni de perdants. Les fautes sont diluées dans le collectif. Il manque aussi de masculinité, entendez par là de testostérone pour exprimer une violence feinte ou assumée. Pour Ann Coulter, la «perspective d’une humiliation personnelle ou d’une blessure majeure est nécessaire pour que la discipline en question compte pour un sport». Elle se fait un plaisir de citer Margaret Thatcher, l’ex-premier ministre britannique qui aurait déclaré, après un match ponctué par une victoire de l’Allemagne contre l’Angleterre, que cela importait finalement assez peu étant donné que «deux fois au cours de ce siècle (le XXe), nous les avons battus dans leur sport national (la guerre)».

Pour Ann Coulter, le soccer est donc un sport de gauche qui affranchit ceux qui le pratiquent de leur responsabilité individuelle. C’est l’exemple d’un socialisme à l’européenne qu’elle exècre. C’est aussi une forme de gouvernance à la Obama. Pour la contrer, il suffit de demander aux grandes stars actuelles du football, les Messi, Ronaldo ou encore Neymar ce qu’elles gagnent: des millions. Une preuve de réussite individuelle indéniable. De fait, Ann Coulter est à l’image du Tea Party. Pour elle, l’effort collectif ou le compromis est synonyme de faiblesse, de reddition.

Or Washington n’a jamais aussi bien fonctionné que lorsque le «bipartisanisme», l’esprit de collaboration entre démocrates et républicains, était prisé. A l’heure actuelle, à observer l’incapacité du Congrès d’approuver une réforme de l’immigration que le Sénat avait pourtant adoptée et que le président Barack Obama appelle de ses vœux, on se dit que davantage d’esprit footballistique au Capitole ne ferait pas de mal.