C'est fini: dans le cœur des Français, l'abbé Pierre, éternel bien-aimé des Français, n'est plus que le numéro deux, derrière Zinedine Zidane, le footballeur fétiche de l'équipe de France. Longtemps, le petit curé des pauvres avait disputé la vedette au commandant Cousteau. Le ballon rond prend donc la place de la soutane et du scaphandre. Le score, révélé par le Top 50 du Journal du Dimanche, dit plusieurs choses à la fois. Plus que «la passion qui succède à la compassion», comme le souligne l'écrivain Jorge Semprun, on peut y voir, un mois après la victoire des Bleus à l'Euro 2000, l'image du succès avec lequel les Français ont rendez-vous. Celui d'une économie repartie en flèche. Celui de cette micro-collectivité – onze hommes – abonnés depuis deux ans à la réussite. Zidane est immigré. Reconnu pour sa droiture. Du genre simple, ne se jouant pas la comédie façon Maradona. Une image reste du dernier match de l'Euro: Zidane tentant de consoler ses partenaires italiens, effondrés. Autant de valeurs viriles, dans lesquelles se reconnaissent les hommes, les femmes gardant leur préférence pour l'ecclésiastique qui vient de fêter ses 88 ans à Assise. Le curé sans le sou, le sportif millionnaire, l'argent ici ne joue aucun rôle.

Dans le même temps, on observe que la promotion d'un footballeur dans l'estime de nos voisins va de pair avec leur intérêt, croissant, pour la compétition sportive. Un grand quotidien du soir s'est rendu compte depuis un certain temps que les enseignants le lâchaient de plus en plus pour une lecture assidue de L'Equipe!

Autre signe révélateur: les responsables, pourtant choyés des sondages qui les concernent, sont relégués, ici, au fond de la classe: Jacques Chirac est au 22e rang, loin derrière Johnny Hallyday (3e), Jean-Paul Belmondo (5e), sœur Emmanuelle (10e) ou Patricia Kaas (14e). Mais très largement, dans cet effeuillage de la marguerite, devant Lionel Jospin qui, au 44e rang, traîne loin derrière le peloton: on lui préfère Alain Delon (23e), Bernard Tapie (28e) ou Eric Cantona, le comédien ravagé, le bandit au grand cœur, la grande gueule du ballon rond. Tristes moments!