Les forces de l'Union européenne auraient dû prendre le relais de l'Alliance atlantique à la mi-décembre en Macédoine. Mais les Européens ne sont pas encore tout à fait prêts. L'OTAN a donc annoncé qu'elle pouvait prolonger de six mois sa présence dans l'ancienne république yougoslave.

Ce retard est symptomatique des difficultés à la fois politiques et logistiques qu'éprouvent les Quinze à se doter d'une force opérationnelle. Il trahit aussi les problèmes d'identité qu'affrontent l'Alliance et l'Union. Toutes deux sont engagées dans un élargissement vers l'Est dont les conséquences sont encore difficiles à prédire. Leurs aires géographiques se ressemblent – même si elles ne sont pas identiques –, ce qui permet à certains de poser la question de la nécessité pratique d'une force européenne; d'autant que pour être opérationnelle, cette dernière devra s'appuyer sur les infrastructures de l'OTAN. George Bush pousse d'ailleurs l'Alliance atlantique à se doter d'une «force de réaction rapide», ce qui recoupe le projet européen.

«Je crois qu'aujourd'hui, l'Europe de la Défense a besoin à l'égard de nos concitoyens d'acquérir une crédibilité», estimait Michèle Alliot-Marie, la ministre française de la Défense lors d'un conseil réuni mardi à Bruxelles. Paris, c'est clair depuis longtemps, pousse de toutes ses forces l'Europe à agir pour son compte dans le domaine militaire afin d'acquérir une stature renforcée face à l'allié américain. La ministre française a proposé à ses homologues européens de reprendre l'opération macédonienne dès le 31 janvier. En pratique, la France estime qu'elle pourrait en deux mois, avec le soutien de la Belgique et de l'Italie, mettre sur pied une force capable d'opérer en Macédoine. Seulement voilà, les Européens ont besoin du soutien logistique de l'OTAN et donc d'un accord des Turcs, membres de l'Alliance atlantique et éternels candidats à l'adhésion à l'UE. Ankara refuse toujours son feu vert et, pour faire bonne mesure, Athènes bloque aussi, côté européen.

60 000 hommes

Javier Solana, monsieur Défense et Politique étrangère de l'Europe qui s'est rendu dernièrement à Ankara, a abordé avec optimisme le Sommet de Prague, disant en attendre «une bonne nouvelle». Pour l'heure, il a obtenu l'annonce d'exercices militaires conjoints entre l'OTAN et l'Europe dès l'année prochaine. Néanmoins, à Bruxelles, les Quinze se sont mis d'accord pour agir en Macédoine dès que les obstacles politiques seront levés.

Restent les problèmes pratiques, car l'opération en Macédoine est limitée au regard du projet européen qui prévoit la mise sur pied, l'an prochain, d'une force de réaction rapide de 60 000 hommes. Yannos Papantoniou, le ministre grec de la Défense, a indiqué que les experts avaient recensé «soixante-trois déficits» à combler pour que cette armée devienne opérationnelle. Elle manque en particulier des moyens en transports de troupes nécessaires. «Ce sont les fonds qui font défaut», relève le ministre grec. De plus, en absence d'accord formel avec l'OTAN, la manière dont les deux organisations travailleront ensemble à l'avenir n'est pas encore très claire.