La nuit promettait d’être mouvementée jeudi soir en Libye. Les informations parcellaires et confuses qui ont filtré hors du pays laissent supposer que l’appel à la «journée de la colère», propagé depuis des jours par Internet, a été suivi par des milliers de personnes, des jeunes pour la plupart, et dans plusieurs villes du pays.

Mercredi, Human Rights Watch (HRW) et Amnesty International, l’Union européenne et Washington ont exhorté le guide de la révolution libyenne à laisser les protestataires défiler librement. «Le colonel Mouammar Kadhafi devrait retenir de l’expérience chez ses voisins que la stabilité impose le respect des manifestations pacifiques», apostrophait HRW. Ces appels à la retenue sont restés lettre morte et la mobilisation s’est heurtée à des forces de sécurité armées, qui n’hésitent pas à tirer à balles réelles sur les manifestants, d’après les affirmations d’opposants libyens en exil.

Plusieurs morts

Entre mercredi et jeudi, il y aurait ainsi eu, d’après la télévision Al-Jazira, plus d’une douzaine de morts dans le pays. Six auraient été tués à Benghazi, la deuxième ville la plus peuplée, où, dès mardi soir, un attroupement avait été dispersé par des canons à eau. A Al-Baïda, autre ville de l’est, au moins deux personnes auraient péri dans les manifestations qui auraient rallié 4000 personnes. Des échauffourées ont aussi éclaté à Zenten (sud-ouest de Tripoli). D’après l’AFP, mercredi soir, des SMS envoyés par «les jeunes de la Libye» sur le réseau de téléphonie mobile mettaient en garde tous ceux qui toucheraient aux «quatre lignes rouges: Mouammar Kadhafi, l’intégrité territoriale, l’islam et la sécurité du pays». «Je redoute un bain de sang, commente un bon connaisseur de la Libye. L’appareil de répression y est infiniment plus brutal qu’en Egypte ou en Tunisie.» A Benghazi, ville réputée frondeuse, les manifestants auraient commencé à se réunir en milieu d’après-midi. «Il y a 10’ 000 personnes devant le Palais de justice. Il y a des jeunes, des avocats, qui exigent un changement du régime et disent qu’ils ne rentreront pas chez eux», affirmait hier en début de soirée Asaad Agili, opposant au régime libyen, résident en Suisse. D’après lui, si la mobilisation était loin d’avoir la même ampleur dans la capitale, Tripoli, dans le quartier de Fashloun, des dizaines de jeunes exprimaient leur soutien aux révoltés de Benghazi. Aucun de ces rassemblements n’a été retransmis par la chaîne d’Etat Al-Jamahiriya, qui a diffusé en boucle des images de contre-manifestations favorables au régime. DERNIÈRE HEURE. Vendredi, 9h00 La répression aurait fait au moins 24 morts hier en Libye, selon le décompte de l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch, dans un communiqué.