Un nouveau mouvement d’opposition syrien, le Conseil pour la révolution syrienne (CRS), a été créé mardi 31 juillet au Caire par des opposants en exil emmenés par l’avocat islamiste Haïtham al-Maleh. La mise sur pied de cette instance, épine dans le pied du Conseil national syrien (CNS) qui se veut la principale plateforme de l’opposition, reflète les divisions du camp anti-Assad, qui peine à s’ériger en alternative crédible au régime en place en Syrie. Haïtham al-Maleh, 81 ans, un ancien défenseur des droits de l’homme qui a passé plusieurs années en prison, a annoncé avoir été chargé par une coalition de Syriens «indépendants sans affiliation politique» de former un gouvernement en exil qui sera basé dans la capitale égyptienne. Le CRS devrait regrouper 70 personnalités de l’opposition et disposer d’antennes au Liban, en Turquie, en Jordanie et en Irak.

L’avocat a justifié son initiative par la crainte d’un «vide» en cas de chute du président Bachar el-Assad. «Nous ne voulons pas nous retrouver dans une situation de vide politique ou administratif», a-t-il dit, quand bien même le régime de Damas ne donne pas l’impression d’être sur le point de s’effondrer. Selon Haïtham al-Maleh, le CRS offrira une alternative au CNS qui a, selon lui, «failli dans son soutien à la révolution syrienne».

Depuis des mois, les grandes puissances et la Ligue arabe poussent à une unification de l’opposition syrienne, qui est divisée schématiquement en trois familles: le CNS, qui regroupe principalement des personnalités en exil d’obédience islamiste (Frères musulmans) et libérale; le Comité de coordination pour le changement démocratique, composé d’opposants de l’intérieur ancrés à gauche; et des électrons libres, comme l’ex-communiste Michel Kilo ou Haïtham al-Maleh, qui avait démissionné en mars du CNS. Même si celui-ci a l’oreille des pays occidentaux et de leurs alliés arabes, il demeure contesté par les insurgés en Syrie, qui lui reprochent d’être déconnecté de la réalité du terrain.

«Piétiner notre révolution»

Son président, le Kurde Abdel Basset Sayda, a jugé prématurée la formation de ce gouvernement en exil et a estimé que la création du CRS affaiblissait l’opposition syrienne. «La formation d’un gouvernement de transition est un processus difficile, il faut pour cela consulter l’ensemble des représentants de l’opposition syrienne, des insurgés et de l’Armée syrienne libre [ASL]», a-t-il déclaré. L’annonce d’Haïtham al-Maleh a visiblement coupé l’herbe sous le pied du CNS, qui réfléchissait à former lui aussi un exécutif provisoire.

Le commandant de l’Armée syrienne libre, Riad al-Assaad, a été beaucoup plus cinglant, accusant les fondateurs du CRS d’opportunisme. Ceux-ci «ont été animés par la fièvre d’acquérir des postes qui les a conduits à annoncer la formation d’un gouvernement de transition, […] à piétiner notre révolution et à faire des affaires avec le sang de nos martyrs», a-t-il jugé depuis la Turquie où il est réfugié.

Il est par ailleurs peu probable que la communauté internationale consente à reconnaître le gouvernement d’Haïtham al-Maleh. A la fin du mois d’avril déjà, un homme d’affaires saoudo-syrien, Nofal Al-Daoualibi, s’était piqué de former un gouvernement de transition. Mais la composition de son équipe n’a jamais été annoncée…