Présidentielle

Fort d’un raz-de-marée dans les urnes, Vladimir Poutine est réélu à la tête de la Russie

Vladimir Poutine a été réélu dimanche pour un quatrième mandat à la tête de la Russie. Il est crédité de plus de 76% des voix, mais l’opposition dénonce des fraudes

Vladimir Poutine a été réélu triomphalement dimanche 19 mars pour un quatrième mandat à la tête de la Russie, au terme d’une élection aux allures de plébiscite dénoncée comme émaillée de fraude par l’opposition. Avec un score largement au-delà des prévisions, selon des résultats partiels, l’homme fort de la Russie depuis plus de dix-huit ans est donc conforté comme l’incontournable président d’un pays qu’il a replacé ces dernières années au premier rang sur la scène internationale, au prix d’un climat de nouvelle Guerre froide encore accentué depuis l’empoisonnement d’un ex-espion russe au Royaume-Uni.

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Vladimir Poutine a été réélu pour un quatrième mandat avec 76,67% des voix lors de la présidentielle russe dimanche, a annoncé la Commission électorale lundi après le décompte de 99,80% des bulletins de vote. Vladimir Poutine, conforté comme l’homme incontournable de son pays, a ainsi battu son score lors de la précédente élection de 2012 et fait mieux que ce que prévoyaient les sondages des dernières semaines. La participation s’est élevée à 67,4%. Il devance le candidat du Parti communiste Pavel Groudinine, qui ne récolterait que 12% des voix, devant l’ultranationaliste Vladimir Jirinovski, autour de 6%, et la journaliste proche de l’opposition libérale Ksenia Sobtchak (1,5%).

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Devant des centaines de partisans réunis à deux pas du Kremlin, celui qui restera au pouvoir jusqu’en 2024, année où il fêtera ses 72 ans, a remercié les Russes et dit voir dans cette large victoire «la confiance et l’espoir de notre peuple». «Nous allons travailler tout aussi dur, d’une manière tout autant responsable et efficace», a-t-il ajouté, voyant dans sa victoire «la reconnaissance du fait que beaucoup de choses ont été faites dans des conditions très difficiles».

Première puissance à féliciter le chef du Kremlin, la Chine, par la voix du président Xi Jinping – lui-même réélu samedi à l’unanimité à la tête de l’Etat par le parlement – a salué lundi une relation sino-russe «à son meilleur niveau historique», à ses yeux un «exemple pour l’édification d’un nouveau type de relations internationales».

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L’opposition, et en premier lieu l’adversaire le plus acharné du Kremlin, Alexeï Navalny, a accusé le Kremlin d’avoir fait gonfler la participation par de nombreuses fraudes, en bourrant les urnes ou en organisant le transport massif d’électeurs vers les bureaux de vote. «Ils ont besoin de participation. Le résultat, c’est que la victoire de Poutine avec plus de 70% [des voix] a été décidée d’avance», a expliqué à la presse l’opposant, écarté de l’élection en raison d’une condamnation judiciaire, qui a assuré que la participation réelle était inférieure à celle de 2012. «Le seul moyen de mener une lutte politique en Russie, c’est de manifester. Nous allons continuer de le faire», a-t-il prévenu. Son coordinateur de campagne, Ivan Jdanov, a estimé que le boycott auquel il avait appelé «a eu du succès. Le taux de participation est plus bas que la dernière fois en dépit de tout ce qu’ils ont fait.»

Carte des fraudes

L’ONG Golos, spécialisée dans la surveillance des élections, a dressé sur son site internet une carte des fraudes faisant état de 2629 irrégularités, telles que bourrages d’urnes, votes multiples ou entraves au travail des observateurs. La présidente de la Commission électorale, Ella Pamfilova, a pourtant estimé qu'«il n’y a pas eu tant d’irrégularités que ça». «Il y a eu moins de problèmes à cette élection qu’à la précédente, c’est un fait. Il y a eu moins d’irrégularités grossières», a de son côté commenté Ksenia Sobtchak.

En Crimée, péninsule ukrainienne annexée par la Russie il y a tout juste quatre ans, Vladimir Poutine a obtenu près de 92% des voix tandis que son score dépasse les 93% en Tchétchénie, république russe du Caucase tenue d’une main de fer par Ramzan Kadyrov, selon des chiffres préliminaires.

Pour encourager des électeurs à participer à un scrutin sans suspense à l’issue d’une campagne atone, les autorités ont mené des campagnes massives d’information et d’incitation, facilitant le vote hors du lieu de résidence mais aussi, selon des médias, faisant pression sur les fonctionnaires ou les étudiants pour aller voter. Des militants de l’opposition ont fait par exemple état dimanche d’électeurs amenés en bus dans les bureaux de vote par la police ou de coupons de réduction pour des produits alimentaires distribués aux Russes se rendant aux urnes.

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Si la campagne électorale a été atone, sa dernière semaine a été marquée par un regain de tension entre Moscou et les Occidentaux après l’empoisonnement en Angleterre de l’ex-agent double russe Sergueï Skripal et de sa fille. Quasiment muet sur cette affaire lors de la campagne électorale, le président russe a assuré, dans sa première conférence de presse après l’élection, qu’accuser la Russie était «du grand n’importe quoi» mais que Moscou est «prêt à coopérer» avec Londres à l’enquête.

Vote bloqué sur le sol ukrainien

Symboliquement, le scrutin se tenait quatre ans jour pour jour après la ratification du rattachement de la péninsule ukrainienne de Crimée, décidé à l’issue d’un référendum jugé illégal par Kiev et les Occidentaux. Plus de 1200 bureaux de vote ont ouvert en Crimée mais beaucoup de Tatars, une communauté musulmane qui s’est largement opposée à l’annexion, ne comptent pas se rendre aux urnes. Malgré cela, Vladimir Poutine y a obtenu près de 92% des voix tandis que son score dépasse les 93% en Tchétchénie, république russe du Caucase tenue d’une main de fer par Ramzan Kadyrov, selon des chiffres préliminaires.

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En représailles à la tenue de la présidentielle en Crimée, Kiev a empêché le vote des Russes résidant en Ukraine. Des dizaines de policiers, ainsi que des militants nationalistes, ont bloqué dimanche l’accès aux consulats russes dans plusieurs grandes villes.

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