Le message est inquiétant. D’autant que l’organisation, sur plusieurs jours, des élections européennes, facilite une éventuelle contagion. En accordant jeudi près de 15% de leurs suffrages à la liste populiste et xénophobe du Parti de la liberté (PVV) du député Geert Wilders, les électeurs néerlandais laissent craindre que se répète ailleurs dans l’UE un scénario identique. «Un tel vote, c’est clair, peut avoir un impact dans d’autres pays» déplorait-on vendredi matin à Bruxelles, au Parlement européen où les tendances dans les vingt-sept pays membres de l’UE seront annoncées dimanche soir à 20h. Les Pays-Bas, qui votaient les premiers jeudi, comme le Royaume Uni, avaient été priés de ne pas publier leurs résultats mais le gouvernement de La Haye est passé outre. L’Irlande et la République Tchèque, deux pays où une poussée nationaliste et populiste est attendue, votent à leur tour ce vendredi.

Les Néerlandais devaient désigner leurs 25 eurodéputés. Ils n’avaient pas, contrairement à ce qui se passe dans d’autres pays comme en Belgique voisine où se tiennent parallèlement des régionales cruciales, à voter pour d’autres scrutins. Les européennes, cible facile pour la formation populiste du PVV qui a battu la campagne sur une plate-forme anti-islamiste et contre l’entrée de la Turquie dans l’Union, ont donc joué à plein leur rôle d’exutoire dans un pays de plus en plus divisé (lire notre reportage dans Le Temps de jeudi). Le Parti de la liberté remporterait ainsi 4 sièges, voire 5, contre aucun en 2004. Une forte poussée qui se fait essentiellement au détriment des deux grands partis au pouvoir dans une coalition centriste: les chrétiens démocrates, qui perdent deux sièges et plafonnent à 20% des voix, et surtout le Parti travailliste qui connaît une véritable déroute, passant de 7 à 3 sièges.

Cette lame de fond était attendue. Elle démontre à la fois la popularité grandissante des thèses xénophobes et anti-immigration de M. Wilders, et la division d’un pays longtemps réputé pour sa tolérance et son sens du consensus. Trois partis radicalement opposés aux thèses du député provocateur, auteur du très controversé film «Fitna» sur les violences commises au nom de l’islam, obtiennent en effet de bons scores. La formation pro-européenne D66 décroche deux sièges. Le Parti socialiste, qui représente la gauche dure, atteint le même score, ainsi que les Verts. «Les partis traditionnels sont laminés, explique un politologue. Chacun s’est réfugié dans sa niche politique». Un autre victime de la poussée du PVV est en effet le Parti libéral (opposition), ancienne formation de son leader Geert Wilders qui se retrouverait avec un seul siège. Un autre résultat très symbolique est celui du Parti pour le droit des animaux, qui pourrait décrocher un eurodéputé.

Le mode de scrutin pour les européennes, aux Pays-Bas, favorise l’émiettement des voix et les personnalités charismatiques. Les électeurs votent pour un candidat, qui une fois élu, voit tous les suffrages recueillis sur son nom être reversés à sa formation. «L’effet» Wilders a dès lors fonctionné à plein, comme cela avait été le cas à la fin des années 90 pour le leader populiste Pim Fortuyn, assassiné en 2002. Un des effets collatéraux directs de l’élection néerlandaise pourrait se faire sentir en Belgique voisine, où la liste du populiste flamand Jean-Marie Dedecker (Lire notre entretien dans Le Temps du 30 mai 2009) menace elle aussi les partis traditionnels en Flandre.