états-unis

Fortes répercussions sur le tribunal de Guantanamo

La publication du rapport pourrait forcer le juge à lever le voile du secret qui plombe le pré-procès des accusés du 11-Septembre

Guantanamo: répercussions sur le tribunal

La publication du rapport condensé de la Commission du renseignement du Sénat sur les techniques d’interrogatoire musclé de la CIA provoque de sérieux remous auprès des avocats qui défendent les détenus de Guantanamo accusés d’avoir fomenté les attentats du 11 septembre 2001. Ils requièrent l’accès immédiat au rapport entier de 6000 pages, car celui-ci contient nombre de détails au sujet des clients qu’ils doivent défendre devant un tribunal militaire de Guantanamo, où ils encourent la peine de mort.

Le rapport sénatorial pourrait avoir de profondes répercussions sur la commission militaire jugeant les cinq terroristes présumés du 11-Septembre. Rendu public, il met en lumière la brutalité des pratiques de la torture dont ont été victimes les cinq détenus qui croupissent toujours dans l’ultra-secret camp 7 de Guantanamo. La défense pourrait désormais s’appuyer sur le fait que ces actes de torture sapent la validité des preuves dont dispose le tribunal militaire, car elles auraient été obtenues selon des techniques illégales.

Parodie de justice

Avocat d’Ammar Baluchi, James Connell exige désormais l’accès au rapport complet qui contient apparemment des détails précis des tortures endurées par son client et confirmées dans le résumé du rapport publié mardi. En avril 2014, James Connell a déjà déposé une motion dans ce sens. L’avocat s’est d’ailleurs toujours étonné que la réalisatrice hollywoodienne du film Zero Dark Thirty, Kathryn Bigelow, ait obtenu des informations sur son client auprès de quelques agents de la CIA que lui-même n’a pas. Contacté par Le Temps, il le souligne: «Dans le rapport, la CIA suggère fortement qu’elle a fourni des informations à la réalisatrice du film. Or le film laisse entendre qu’Ammar Baluchi (mon client) a fourni des informations ayant permis de trouver le coursier de Ben Laden.» Un fait que conteste précisément Dianne Feinstein.

Avant la publication, les avocats de la défense à Guantanamo n’ont pas reçu le moindre document du rapport de 6000 pages malgré des demandes répétées. Pour eux, l’actuelle commission militaire présidée par le juge James Pohl devient une parodie de justice. L’avocat Walter Ruiz, qui défend le Saoudien Moustapha al-Houssaoui, parle d’horreur indicible, d’actes choquants qui bafouent les valeurs de l’Amérique. «Maintenant, déclare-t-il, le gouvernement cherche à tuer un homme qu’il a brutalisé. Notre nation a une obligation morale et légale de réhabiliter dans la mesure du possible les victimes de la torture. Les exécuter ne constitue pas exactement une réhabilitation.» Les avocats des cinq terroristes présumés exigent également l’accès aux responsables de la CIA chargés des interrogatoires et la divulgation des sites à l’étranger où leurs clients ont été torturés.

L’acte du Congrès pourrait bien faire s’écrouler la chape du secret qui plombe le pré-procès de Guantanamo où tout est classifié jusqu’à l’absurde. Il pourrait même menacer le procès lui-même.

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