Une vaste enquête révèle la fortune cachée des «princes rouges»

Chine De hauts dirigeants dissimulent leurs richesses dans des paradis fiscaux

Le nom de la famille du président Xi Jinping est cité

La Chine est devenue une ploutocratie et les familles des plus hauts dirigeants chinois –  dont celle du président Xi Jinping  – dissimulent une partie de leurs immenses fortunes dans le paradis fiscal des îles Vierges britanniques, avec l’aide de banques occidentales. C’est ce que vient de confirmer une enquête du Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) publiée mercredi. L’ICIJ, organisme indépendant disposant de 160 journalistes membres dans 60 pays, base ses récentes enquêtes sur le paquet de 2,5 millions de documents financiers secrets émanant de paradis fiscaux qu’il a réussi à dénicher l’an dernier.

Loin d’être exhaustive, cette dernière investigation ne s’est penchée que sur le cas des îles Vierges, à l’exclusion des nombreux autres paradis fiscaux de la planète. On y découvre néanmoins des sociétés établies au nom de nombreux «princes rouges»: Deng Jiagui, beau-frère du président et chef du Parti communiste Xi Jinping; Wen Yunsong et Liu Chunhang, respectivement fils et gendre de l’ex-premier ministre Wen Jiabao; Hu Yishi, cousin de l’ex-président Hu Jintao; Li Xiaolin, fille de l’ex-premier ministre Li Peng ; Wu Jianchang, gendre de l’ancien numéro un Deng Xiaoping, etc.

Si l’enquête de l’ICIJ montre qu’il y a bien collusion entre pouvoir et argent au plus haut niveau en Chine, elle parle un peu vite de «corruption» alors que le simple fait de posséder une société dans un paradis fiscal n’est pas, en soi, répréhensible. Comme une forme d’aveu, le pouvoir chinois s’est toutefois empressé hier de bloquer l’accès en Chine des sites des journaux partenaires de l’ICIJ –  dont ceux du Monde et du Guardian  –, sans doute parce qu’une version chinoise de l’enquête y est disponible.

Les investigations publiées l’an dernier par le New York Times et l’agence Bloomberg sur les immenses fortunes des familles de Wen Jiabao et Xi Jinping étaient beaucoup plus probantes. Basées sur des documents officiels chinois irréfutables, elles ont établi que la famille du président Xi Jinping disposait d’un patrimoine «d’au moins» 291 millions d’euros. Celle de l’ex-premier ministre Wen Jiabao est quant à elle à la tête d’une fortune de 2,1 milliards d’euros, sous forme d’immobilier en Chine et à l’étranger, d’actions d’entreprises et de bijoux. Yang Zhiyun, la mère de Wen Jiabao, âgée de 91 ans, possède à elle seule pour 94 millions d’euros d’actions d’une compagnie d’assurances d’Etat.

Peu après la publication de ces enquêtes, Pékin avait bloqué les sites internet des deux médias américains, qui avaient ensuite été la cible d’attaques informatiques. Wen Jiabao avait fait savoir par l’un de ses avocats qu’il «se réservait la possibilité» d’attaquer en diffamation le New York Times, mais il n’a pas depuis lors mis sa menace à exécution. Il a fait publier cette semaine dans la presse de Hongkong une lettre dans laquelle il plaide n’avoir «jamais été impliqué dans un seul abus de pouvoir en vue de gains personnels, car ce serait aller à l’encontre de [ses] convictions».

Pékin a bloqué l’accès en Chine des sites des journaux révélant l’affaire