La Cour suprême de Thaïlande doit décider vendredi de donner ou non le coup de grâce à l’ancien premier ministre Thaksin Shinawatra, dans une atmosphère politiquement explosive. Les neuf juges de la Cour doivent se prononcer sur la confiscation de l’équivalent de 2,5 milliards de francs des avoirs de Thaksin, déjà condamné à deux ans de prison pour corruption et exilé depuis 2008.

«Chemises rouges»

A l’approche du verdict, les partisans de Thaksin, appelés les «chemises rouges», ont multiplié les manifestations pour exercer des pressions sur le tribunal qui, selon eux, fait preuve de préjugés à l’encontre de l’ancien premier ministre. Des menaces de mort ont été lancées contre les juges, et deux d’entre eux ont demandé à être placés sous protection policière. Redoutant les réactions violentes, le gouvernement a déployé des milliers de policiers et de militaires dans la capitale, Bangkok. «Ce procès est sans précédent. Thaksin bénéficie encore d’un énorme soutien parmi les Thaïlandais. Beaucoup sont nerveux car ils ne savent pas si ses partisans vont accepter le verdict», indique Suranand Vejjajiva, un ancien porte-parole du parti de Thaksin.

Thaksin Shinawatra, un magnat des télécommunications, avait occupé les fonctions de premier ministre de février 2001 jusqu’au coup d’Etat de septembre 2006 qui l’avait évincé du pouvoir. Il est accusé d’avoir illégalement conservé des parts au sein de son conglomérat familial Shin Corp, ainsi que d’avoir orienté la politique du gouvernement pour avantager ses entreprises alors qu’il dirigeait le pays. Thaksin nie avoir enfreint la loi et affirme avoir transféré l’ensemble de ses avoirs à ses enfants avant de prendre la tête du gouvernement.

Les «chemises rouges», issues dans leur majorité des classes pauvres des provinces rurales et des banlieues de Bangkok, avaient bénéficié des programmes d’assistance (prêts aux communautés rurales, couverture médicale universelle) du gouvernement de Thaksin. Elles considèrent que l’acharnement judiciaire contre leur idole est emblématique du système à double vitesse qui caractérise la société thaïlandaise, divisée entre une élite – bureaucratie, militaires, classes moyennes, royalistes – qui bénéficie de passe-droits et de privilèges et des sans-grade qui doivent subir la loi dans toute sa rigueur.