Le Forum humanitaire mondial émet des signaux préoccupants. Créée l'an dernier, cette fondation présidée par l'ex-secrétaire général des Nations unies Kofi Annan est confrontée à des problèmes financiers qui pourraient miner son développement. Au point que son directeur, Walter Fust, tire la sonnette d'alarme dans le Tages-Anzeiger de jeudi. Selon l'ex-patron de la Direction du développement et de la coopération (DDC), qui a pris la direction du Forum en mai, les caisses ne sont pas vides, mais elles ne permettront pas de durer.

Des tensions

La cheffe du Département fédéral des affaires étrangères, Micheline Calmy-Rey, avait promis 1,5million de francs pour 2007 et 1 million de subvention chaque année. Mais le Conseil fédéral, apparemment sous la pression de Christoph Blocher, a revu le budget à la baisse: 1,3 million pour la première année, puis un demi-million annuel pour la suite issu du crédit-cadre de la DDC consacré à l'aide humanitaire.

Si personne au Forum humanitaire installé à la Villa Rigot à Genève n'a pu répondre aux questions du Temps, il ressort que la fondation n'a aucune certitude quant à sa viabilité à terme. Seuls trois Etats ont apporté une contribution: le Luxembourg, qui a versé 316000 francs pour les trois premières années du Forum, le Liechtenstein, qui a versé 50000 francs pour 2008, et enfin l'Allemagne qui a mis un collaborateur à disposition pour un an. La France a aussi promis une contribution. Certains attribuent ce peu d'empressement à la relative «pingrerie» de la Confédération. Des Etats comme la Suède, Norvège et les Pays-Bas n'auraient pas apprécié l'attitude de Berne, selon Walter Fust. D'autres l'attribuent au manque d'objectifs clairs du Forum.

Cette situation aurait provoqué quelques tensions entre Kofi Annan et la Confédération. Mais aussi entre Walter Fust et Micheline Calmy-Rey qui, les 24 et 25 juin, n'a pas assisté au premier sommet du Forum consacré à l'impact humanitaire du changement climatique bien que le Conseil fédéral fût invité. Le sommet a été jugé globalement positif par Kofi Annan et a débouché sur une cinquantaine de propositions. Mais il n'a pas levé les doutes sur le bien-fondé de cette nouvelle structure de la Genève internationale, dont le conseil de fondation est fort bien doté avec des personnalités telles que Mary Robinson, Amartya Sen ou encore James Wolfensohn.

Aujourd'hui, une question dérangeante se pose: a-t-on créé le Forum humanitaire mondial pour se pencher sérieusement sur les crises humanitaires et pour les anticiper ou au contraire pour garder Kofi Annan à Genève afin de profiter de sa notoriété et de son carnet d'adresses?

Kofi Annan critiqué

Si des reproches sont formulés à l'égard de la Confédération, Kofi Annan lui-même n'est pas épargné par la critique. Très engagé comme médiateur efficace dans la crise kényane ce printemps, l'ex-secrétaire général a été longtemps absent de Genève. On s'interroge sur la disponibilité de l'ex-secrétaire général de l'ONU.