Il y a un an, le parti d'extrême droite autrichien de Jörg Haider, le FPÖ, arrivait au pouvoir dans une coalition avec la démocratie chrétienne du chancelier Wolfgang Schüssel. Indignée l'Union européenne décrétait aussitôt des «sanctions», qu'elle lèvera en automne dernier. Le bilan de cette année autrichienne mouvementée avec Paul Pasteur, maître de conférence à l'Université de Rouen et spécialiste de l'Autriche.

Le Temps: Le FPÖ a-t-il beaucoup modifié la politique autrichienne?

Paul Pasteur: Non, c'est une politique de droite, néolibérale, à la Thatcher. Il s'agit de s'adapter aux exigences de l'UE. Le gouvernement Schüssel mène une politique d'austérité budgétaire drastique: les impôts ont été augmentés, l'âge de la retraite a été relevé, les dépenses sociales ont été coupées et beaucoup d'entreprises nationales privatisées. Il y a eu une forte réduction des effectifs des fonctionnaires et le gouvernement a instauré des taxes universitaires qui n'existaient pas. Cette politique a été un peu plus virulente que celle d'une droite classique. Mais, si les modalités changent quelque peu, les deux se retrouvent sur le fond. La politique d'immigration en est un bon exemple: il n'y a pas de différence de fond entre le programme du gouvernement actuel et la politique de l'ancien gouvernement, qui avait adopté une politique très proche de celle prônée par le FPÖ.

La vraie différence se situe au niveau du concept de la «solidarité sociale», en vigueur depuis 1945. L'Autriche appliquait jusqu'à maintenant la Sozialpartnershaft: chaque nouvelle loi était soumise aux syndicats et aux «Chambres du travail» avant de passer au parlement. Le FPÖ a voulu briser ce partenariat. Aujourd'hui, les syndicats et les Chambres du travail ne participent plus comme avant à la politique et quelques lois sont déjà passées sans leur aval.

– Comment caractériser le rôle politique des ministres du FPÖ?

– Le FPÖ joue toujours un double jeu. Des mesures qui apparaîtraient comme extrémistes, répressives, voire xénophobes, ont été évitées. Mais les ministres du FPÖ conservent une ligne assez dure et sont toujours solidaires de leur parti. Par exemple, la vice-chancelière autrichienne, Susan Riess-Passer, n'a jamais condamné les écarts de langage et de conduite de Jörg Haider ou d'autres hommes politiques du parti. Alors que ces derniers continuent à agir et à travailler dans le plus pur style du parti, en tendant vers la démagogie et vers les attaques les plus basses.

Au sein du gouvernement, les sept ministres du FPÖ ont autant de poids que les sept ministres conservateurs du parti du chancelier, Wolfgang Schüssel. Leurs postes, dont le Ministère des finances, de la justice ou des affaires sociales, sont aussi importants que les autres. Mais ce qui rend leur situation intéressante est qu'ils n'arrivent pas à garder leur ministère. Trois d'entre eux ont déjà été remplacés. Cette instabilité prouve qu'un parti de contestation tel le FPÖ a du mal à entrer dans une culture gouvernementale.

– Quel bilan peut-on tirer de l'application des sanctions et de leur levée?

– Les sanctions ont été nécessaires, même si elles ont été prises un peu à la légère. Elles ont permis à Schüssel de formuler une politique nationale et d'obtenir l'adhésion d'une grande partie de l'électorat, notamment parce que les Verts et les socialistes ne les ont pas condamnées. Ensuite, si la fin des sanctions était évidemment nécessaire, surtout pour des raisons internes à l'UE, elle a enlevé à Schüssel son instrument de politique d'union nationale. La levée a permis, également, au gouvernement de relever la tête. Mais, si l'opinion autrichienne est toujours favorable à son gouvernement, elle est plus proche du parti conservateur (ÖVP) de Schüssel, qui est remonté dans les sondages, que du FPÖ, qui a amorcé une forte chute. Preuve en est sa défaite dans deux élections régionales de l'année écoulée. L'avenir du FPÖ au sein du gouvernement dépend des résultats aux élections municipales de mars à Vienne.