France

La Françafrique plombe François Fillon

Mis en cause pour avoir accepté des costumes en cadeau, le candidat de la droite à la présidentielle française se retrouve pisté pour ses connexions discutables en Afrique

Ami généreux ou émissaire pour le compte d’un donneur d’ordre encore plus problématique? Désormais identifié comme l’homme ayant offert en décembre 2016 à François Fillon deux costumes sur mesure pour une valeur totale de 13 000 euros, l’avocat franco-libanais Robert Bourgi a donné vendredi à la campagne du candidat de la droite l’allure d’un mauvais roman policier.

L’histoire couvait depuis les révélations, le week-end dernier par le Journal du Dimanche, de lourdes additions vestimentaires réglées en liquide depuis 2012 pour le compte de François Fillon chez le tailleur parisien Arnys. Selon l’hebdomadaire, l’homme politique se serait fait offrir depuis cette date, en sus des deux costumes, pour plus de 35 000 euros de vêtements, dont de très coûteux pulls en cachemire. Des cadeaux non déclarés par le député de Paris, qui a, en cela, enfreint les règles parlementaires obligeant à rendre publics tous les dons en nature d’un montant supérieur à 150 euros.

Intermédiaire connu

Le parquet national financier (PNF) ayant décidé, jeudi, d’élargir auxdits costumes l’enquête en cours sur la famille Fillon (à propos des présumés emplois fictifs occupés par l’épouse du candidat et deux de leurs enfants), le pot aux roses a été très vite découvert. Le donateur anonyme ayant acquitté le 20 février – soit bien après la primaire de la droite – les deux costumes en question n’est autre que Robert Bourgi, 72 ans, avocat et intermédiaire bien connu entre plusieurs chefs d’Etat africains et le personnel politique hexagonal.

En 2011, il avait défrayé la chronique en affirmant avoir vu Jacques Chirac et son ancien premier ministre Dominique de Villepin «compter les billets» lors de la réception de millions d’euros donnés par le Gabonais Omar Bongo ou le Congolais Denis Sassou-Nguesso. Des déclarations perçues comme faisant l’affaire de Nicolas Sarkozy, président sortant et candidat à sa réélection, désireux d’installer ses propres réseaux françafricains. Avec pour principal pivot son ancien ministre de l’intérieur Claude Guéant.

Il les a payés, oui. Mais probablement pour le compte de quelqu’un d’autre dont le nom poserait sans doute encore plus de problèmes à François Fillon.

Si le nom de Robert Bourgi traîne immanquablement derrière lui l’odeur de soufre des magouilles financières entre la France et le continent noir, il pourrait néanmoins n’être qu’un paravent. Premier ministre sous le quinquennat Sarkozy entre 2007 et 2012, François Fillon a évidemment côtoyé lui aussi les dirigeants africains «obligés» de la France, surtout lors de la guerre en Côte d’Ivoire survenue en 2010-2011. Redevenu député en 2012, il s’est ensuite rendu à plusieurs reprises à ses côtés en Afrique.

«Je ne crois pas un instant que les costumes venaient de lui. Il les a payés, oui. Mais probablement pour le compte de quelqu’un d’autre dont le nom poserait sans doute encore plus de problèmes à François Fillon», affirme au Temps un fin connaisseur de ces réseaux. Après sa mise en examen par les juges le 14 mars pour «détournement de fonds publics» et «abus de biens sociaux», le candidat de la droite se trouverait en grande difficulté s’il apparaissait devoir une partie de sa garde-robe à un dirigeant étranger. Interrogé à la télévision, François Fillon s’était contenté de reconnaître avoir reçu des costumes d’un ami, ponctuant sa réponse d’un dédaigneux «Et alors?»

Zones d'ombre françaises

Côté roman, la famille Bourgi – de confession musulmane chiite et installée au Sénégal de longue date – est un résumé des zones d’ombre françaises depuis les années 60. Tandis que Robert a longtemps été considéré comme le «porteur de valises» des réseaux gaullistes initiés par Jacques Foccart, son frère aîné, l’universitaire Albert Bourgi, a pris fait et cause, lui, pour des dirigeants africains issus de la gauche.

Les partisans de François Fillon, qui continuent de crier au complot et de dénoncer l’empressement de la justice – son épouse Penelope sera auditionnée par les juges le 28 mars –, n’ont plus qu’à espérer que le couvercle de la Françafrique et des autres réseaux de financement occultes de la République reste bien verrouillé d’ici au premier tour de la présidentielle, le 23 avril.


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