Entre les vaccins et les Français, le ton a changé depuis quelques jours. Alors qu'une série de sondages montraient, fin décembre, qu'environ 60% d'entre eux (un record en Europe) ne souhaitaient pas se faire vacciner contre le Covid-19, une bascule s'est opérée. Selon la dernière enquête du Parisien, 54% des personnes interrogées se disent aujourd'hui favorables à l'immunisation. Mieux: 62% se prononcent en faveur d'un certificat de vaccination obligatoire pour les personnes souhaitant prendre l'avion. Et ce, alors que les injections ont commencé depuis lundi pour les personnes de plus de 75 ans.

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«Les vaccinosceptiques restent très présents dans le débat public, mais plus l'on vaccine, plus leurs arguments s'étiolent, estime Philippe Juvin, maire (droite) de La Garennes-Colombes et chef des urgences dans un hôpital parisien, auteur de «Je ne tromperai jamais leur confiance» (Ed Gallimard). Entre voir s'éterniser le confinement en raison de la dissémination du «variant» anglais, se voir bloqués chez eux et ne pas être vaccinés, beaucoup n'hésitent plus...»

Cette nouvelle donne n'en est peut-être pas une. Les communicants Sacha Mandel et Anne Hommel, connus pour s'occuper de l'image de grandes firmes privées, avaient publié le 12 janvier dans Le Monde une tribune pour dénoncer la surestimation des anti-vaccins, citant par exemple le fait qu'en réalité moins de 20% des sondés français sont opposés aux campagnes d'immunisation. La majorité des «anti» étant surtout composés de personnes (notamment chez les jeunes) qui ne s'estiment pas à risque. «Le poids des antivaccins a considérablement été exagéré dans les commentaires, écrivaient-ils. Ils ont orienté les choix publics. Une frange résiduelle de la société est passée pour une armée de soldats convaincus et déterminés.»

«L'ironie du calendrier»

Peut-être. Mais à l'heure où 700 000 Français ont déjà reçu une première injection, et alors que 22 000 nouvelles contaminations quotidiennes étaient recensées le 21 janvier, trois autres facteurs ont sans doute pesé dans cette évolution: les comparaisons européennes, les relations familiales et le consentement préalable avant toute injection. «Savoir qu'1,2 million d'Allemands et plus de trois millions de Britanniques ont déjà reçu une première injection change la donne confirme un analyste de l'IFOP. Difficile aussi de refuser le vaccin à ses vieux parents qui le demandent.»

L'ironie du calendrier est que ce retournement intervient à un moment de doute sur les approvisionnements. La France doit recevoir, dans le cadre des engagements européens discutés jeudi soir en visioconférence entre les 27 dirigeants des pays membres de l'UE, 200 millions de doses pour 67 millions d'habitants. L'Assemblée nationale a prolongé mercredi pour la sixième fois l'Etat d'urgence sanitaire jusqu'au 1er juin. Or plusieurs centres de vaccination récemment ouverts dans l'est de la France vont devoir temporairement fermer la semaine prochaine, faute d'avoir reçu des doses en quantité suffisantes. Plus préoccupant: un million de personnes, souvent âgées, ont déjà pris rendez-vous.

«La vaccination, c'est maintenant. Les Français ont compris son importance. Il ne faut pas rater cette échéance» poursuivait mercredi soir Philippe Juvin sur la chaine LCP.

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