Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Le bureau de vote de l’ambassade de France à Lisbonne.

France

Français de l’étranger: pourquoi les «bébés Macron» l’ont emporté haut la main

Dans les onze circonscriptions des Français de l’étranger, les candidats présentés ou soutenus par la République en Marche (LREM) sont arrivés partout en tête. Un tsunami sans doute annonciateur d’autres bouleversements, mais qu’il faut relativiser…

Les «bébés Macron» vont-ils, les 11 et 18 juin, déferler sur l’Assemblée nationale française? Arrivés en tête dimanche dans les onze circonscriptions législatives réservées aux Français de l’étranger, voire majoritaires dès le premier tour (un second tour aura néanmoins lieu le 18 juin, la faute à une participation inférieure au seuil requis de 25% des électeurs inscrits), les candidats présentés ou soutenus par La République en Marche (LREM) peuvent en tout cas savourer leur premier triomphe politique. En raison de l’abandon du vote électronique qui avait été utilisé en 2012, le premier tour de scrutin a été avancé pour les Français de l’étranger, pour des raisons logistiques. L’éloignement de nombreux bureaux de vote, et la nécessité de faire parvenir à tous les électeurs les professions de foi des candidats imposaient cette précaution selon le Ministère de l’intérieur.

En Suisse-Liechtenstein, sixième circonscription et seule à épouser presque les contours d’un seul pays (la communauté française y est la plus importante au monde, avec près de 150 000 résidents), la nette victoire du candidat macronien Joachim Son-Forget avec 63,5% des voix face à la députée sortante de droite Claudine Schmid (15,7% des suffrages) prouve qu’un basculement complet de la vie politique hexagonale est en train de s’opérer. Le second tour, dans ces conditions, ressemble fort à une formalité…

Faut-il néanmoins voir dans ces résultats une preuve d’un prochain tsunami parlementaire des candidats pro-Macron? Nos premières réponses.

■ Les candidats LREM des circonscriptions de l’étranger sont-ils révélateurs d’une nouvelle donne politique à l’œuvre?

Le point le plus important est le renouvellement qui est en train de s’opérer. Quatre députés sortants des Français de l’étranger sur onze étaient particulièrement bien ancrés dans leurs nouvelles circonscriptions conquises en 2012 (avant cette date, les résidents hors de France étaient seulement représentés par des sénateurs non élus): la ministre socialiste sortante du Numérique Axelle Lemaire (Europe du nord, Royaume-Uni); l’ancien secrétaire d’Etat du quinquennat Sarkozy Frédéric Lefebvre (Etats Unis), le député sortant de droite Thierry Mariani (Asie) et l’ancien juge Alain Marsaud (droite, Moyen orient). Claudine Schmid, élue en 2012 pour l’UMP (devenue Les Républicains) apparaissait aussi bien ancrée dans une circonscription helvétique où François Fillon est arrivé en tête au premier tour de la présidentielle 2017 avec 22% des suffrages (Emmanuel Macron l’avait emporté au second avec 62,3%, en dessous de son score national).

Qui avaient-ils en face? Des nouveaux venus en politique, qui ont tous fait leurs premières armes lors de la campagne présidentielle, en organisant souvent les meetings de En marche!, l’ex mouvement d’Emmanuel Macron. Le radiologue du CHUV Joachim Son-Forget, tout comme Pierre-Alexandre Anglade (Belgique, Pays-Bas, Luxembourg) ou Alexandre Holroyd (Royaume-Uni), étaient les référents du mouvement. Samantha Cazebonne, proviseure du lycée français de Palma de Majorque en Espagne, était enracinée dans la vie locale. Frédéric Petit (Allemagne) a un passé d’entrepreneur même s’il a milité au MoDem de François Bayrou, dont il porte les couleurs. Point commun: tous sont donc familiers de la vie publique, mais novices en batailles électorales.

Autre élément à retenir: presque tous avaient face à eux des candidats issus de la droite mis en difficulté par les divisions au sein du parti Les Républicains, déchiré depuis la présidentielle entre les partisans d’une éventuelle alliance avec Emmanuel Macron, et ceux qui prônent une ligne dure contre l’Elysée, quitte à envisager de flirter avec le Front national. Le cas du candidat pour l’Asie et la Russie Thierry Mariani, ancien député du Vaucluse (département à forte implantation FN dont Marion Maréchal Le Pen était l’un des députés sortants) est emblématique de ces difficultés: ancien ministre des Transports de Nicolas Sarkozy, il a joué Fillon… A noter aussi, le décalage générationnel: Joachim Son-Forget a 34 ans, Pierre Alexandre Anglade a 31 ans, Samantha Cazebonne, l’une des plus âgées, a 45 ans…

■ Le vote des Français de l’étranger est-il un bon miroir de la politique hexagonale?

Sur ce plan, la réponse est non. 577 députés, ne l’oublions pas, devront être élus les 11 et 18 juin. Un seul chiffre impose des précautions: le 7 mai, 89% des électeurs de ces onze circonscriptions, qui couvrent parfois d’immenses territoires (la onzième englobe l’Europe de l’Est, l’Asie et le Pacifique) ont voté Emmanuel Macron, contre un peu moins de 11% pour Marine Le Pen. Difficile, dès lors, de faire des comparaisons. Il est évident que l’aspect «colère populaire» et «France abandonnée», qui a beaucoup joué lors de la campagne présidentielle, ne vaut pas pour cette communauté d’expatriés et de binationaux qui, pour la plupart, ont quitté l’Hexagone volontairement et ont un vécu quotidien bien éloigné des préoccupations de leurs compatriotes de métropole.

Une autre différence, énorme, vient de la sociologue de ces 2,5 millions de Français établis à l’étranger, dont 1,2 million sont des électeurs: le taux de participation. Ce dimanche, 19,1% d’entre eux seulement sont allés voter. On peut d’ailleurs se demander si le maintien du vote électronique pratiqué en 2012 n’aurait pas modifié les résultats.

Le laboratoire électoral des Français de l’étranger n’est donc pas pertinent pour en tirer des leçons nationales. Les énormes écarts de voix entre les candidats de LREM arrivés en tête et leurs poursuivants démontrent que les électeurs opposés à Emmanuel Macron se sont massivement abstenus. Ce qui est, pour le coup, un test intéressant: tous ceux que le nouveau président français laisse perplexes vont-ils aussi se comporter de cette façon ce dimanche, lors du premier tour des législatives?

■ Le camp Macron a-t-il suivi de près ces premiers résultats, et quels enseignements peuvent-ils être tirés?

Emmanuel Macron aura été le principal argument électoral de ses candidats à l’étranger. Même si plusieurs d’entre eux ont mené une bonne campagne, l’effet «présidentielle» a joué à plein et tous arboraient sur leurs tracts ou affiches la photo en grand format du nouveau chef de l’Etat français. Donc oui: sans Macron, LREM n’aurait jamais atteint de pareils scores. C’est une évidence.

L’autre enseignement, assuré d’être tiré par l’état-major de la République en Marche, est que la méthode de sélection des candidats a fonctionné. Beaucoup craignaient que les candidatures choisies, par Internet et le plus souvent après un ou deux entretiens par Skype, ne fonctionnent pas en raison de la méconnaissance du terroir électoral. Erreur. Les Français établis à l’étranger n’attendent pas en priorité de leurs candidats qu’ils défendent leurs circonscriptions, quadrillées par des organisations d’expatriés plus au fait des dossiers concrets. Leur choix se fait surtout sur quelques questions importantes qui leur tiennent à cœur (sécurité sociale des Français de l’étranger, frais de scolarité dans les établissements scolaires de l’étranger, fiscalité…) et sur l’image de la France, en particulier pour ce qui concerne son attractivité économique. Or de ce point de vue, l’énorme impact constitué par l’élection d’Emmanuel Macron ne peut que les satisfaire. La France est aujourd’hui en vedette. Son président est très vite devenu une «star» mondiale, désormais présenté comme un recours face à Donald Trump ou Vladimir Poutine. En soi, cette image-là vaut tous les programmes. On peut dès lors parier sur une confirmation sans difficultés, le 18 juin, du vote de ce dimanche dans les onze circonscriptions concernées.

Lire aussi: Le candidat pro-Macron loin devant chez les Français de Suisse

Dossier
La France en campagne

Publicité
Publicité

La dernière vidéo monde

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

Cela faisait 5 ans que le pays adepte des grandes démonstrations de force n'avait plus organisé ses «jeux de masse», où gymnastes et militaires se succèdent pour créer des tableaux vivants devant plus de 150 000 spectacteurs. Pourquoi ce retour?

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

n/a