(Paris) Yannick Noah danse. Yannick Noah chante. L’ancien tennisman jure de faire exploser la «joie» de ce nouveau mois de mai victorieux. Il est un peu plus de 23 heures et la place de la Bastille, submergée par une foule immense, attend François Hollande. Sur l’un des ponts qui traverse la Seine, plusieurs centaines de militants socialistes venus à pied de la rue de Solferino, le QG du parti socialiste, ont installé d’énormes haut-parleurs. Non loin, sur les marches de l’opéra-Bastille à l’intérieur duquel une salle de presse a été installée, un groupe de jeunes françaises d’origine africaines conspue le nom de Nicolas Sarkozy, avant d’être calmés par quelques étudiants badgés «Le changement c’est maintenant».

Impossible d’avancer. La place est noire de monde. La scène, au loin, tangue au rythme de «Yannick» et de son groupe de musiciens. Les cars de policiers déployés tout autour forment une chaîne plutôt débonnaire. Aucun incident à signaler pour l’heure. L’espoir d’une nuit festive, sans accrochages ni violence, est partout répété par les organisateurs.

Le président Français tout juste élu vient de décoller de Corrèze. Jean, un infirmier de la région parisienne, parle de justice à la table d’un bistrot où les serveurs, épuisés, ont décidé de se joindre à la conversation. Etonnante communion. La conversation, rendue difficile par le concert, est des plus sérieuses. La Bastille parle déjà réalités. L’on fête l’alternance, le changement, «la France apaisée» comme le promettent quantité de banderoles et de posters. Mais l’on sait que le temps des illusions faciles est révolu. Les dirigeants socialistes venus se joindre aux festivités ont enlevé leurs cravates. Pierre Moscovici embrasse un groupe d’employées de Saint-Denis, au nord de la capitale. Yannick Noah, sur scène, invite l’humoriste Guy Bedos à le rejoindre. Le pupitre dressé au milieu de la scène attend son héros. C’est ici que François Hollande prononcera vers minuit son discours. C’est ici qu’il remerciera le peuple de France qu’il a promis de «réconcilier»: «Punaise, j’ai de la peine à croire que nous avons gagné» lâche un parlementaire du PS, un tantinet débraillé.

Les policiers en faction ne semblent pas inquiets. Le service d’ordre socialiste veille. Des consignes strictes ont été données. Eviter à tout prix les débordements. Eviter les bordées d’insultes, face caméra, contre Nicolas Sarkozy et la droite. Montrer le meilleur visage. Un groupe d’étudiants en économie de la faculté de Dauphine s’est assis au milieu de la rue du Faubourg Saint Antoine pour parler de l’Europe et de l’euro. Scène pittoresque. La rigueur, la bonne gestion des comptes publics, mais surtout le souci de justice sociale sont évoqués sur fond de reggae. La page est tournée. Ils le disent tous. Mais pour combien de temps? Et avec quelles conséquences? Clémentine Autain, l’un des porte-parole du Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon, est attablée à un café de la rue de Rivoli. Noël Mamère, le député écologiste l’a rejoint. Eux veulent entendre François Hollande. Jusque tard dans la nuit «La gauche a gagné. Enfin!» confie un autre élu. «Ce sera dur. Mais faire la fête, n’est ce pas le meilleur moyen de rassembler?»