La France a donc réussi son pari. Au moins pour sa première partie: les 32 délégués de partis politiques ivoiriens et des mouvements rebelles réunis à Marcoussis, près de Paris, sont parvenus à un accord pour résoudre la crise qui paralyse leur pays depuis le 19 septembre. Un accord signé dans la joie, les larmes d'émotion, les chants, et le champagne vendredi aux environs de 2 h du matin. Le moment d'euphorie passé, les choses les plus difficiles vont commencer.

D'abord, il va falloir que le président en place, Laurent Gbagbo, donne son aval à un compromis qui le maintient dans son fauteuil jusqu'au terme de son mandat, en 2005, tout en rognant nettement son pouvoir: le texte signé prévoit la désignation d'un «super-premier ministre de consensus» et la constitution d'un véritable gouvernement d'union nationale dans lequel des représentants des forces rebelles feraient leur entrée. C'est Jacques Chirac lui-même qui s'est chargé d'expliquer l'accord à son homologue ivoirien et d'obtenir son aval. A-t-il eu cet aval de Laurent Gbagbo? On ne le savait pas vendredi soir puisque la rencontre entre les deux hommes s'est conclue sans déclaration.

En tout état de cause, la nouvelle donne ivoirienne devrait être officiellement connue et avalisée par un sommet des chefs d'Etat africains qui se tient ce week-end à Paris, en présence de Kofi Annan. Ensuite, il va falloir que le joyeux consensus de Marcoussis se poursuive autour de la désignation, par Laurent Gbagbo, du fameux premier ministre. Un choix qui ne sera sans doute pas facile et qui risque de se heurter aux extrémistes des différents camps en présence. Enfin, et ce sera sans doute le plus difficile, il va falloir faire accepter à des partisans surexcités par quatre mois de tueries les concessions que chacun a dû faire. Pour les rebelles qui s'étaient fixé comme tâche de sortir Gbagbo de son fauteuil, il faudra accepter de composer encore avec lui. Et pour les partisans nationalistes de Gbagbo, il faudra consentir à retrouver des «frères» parmi ces rebelles présentés jusqu'alors comme des assaillants de l'extérieur. Avec l'ultime et plus amère pilule à avaler, le retour sur la scène politique de l'opposant Alassane Ouattara, qui, grâce à une modification de la Constitution, ne pourra plus être empêché de se présenter aux futures élections… en 2005.