Après une longue nuit de débats, durant laquelle les négociateurs des pays membres du G20 n’ont pas fermé l’œil, suivie d’une demi-journée de travail des ministres des finances et des banquiers centraux, Christine Lagarde, la cheffe d’orchestre des travaux, est parvenue à ses fins. Samedi après-midi, les 20 pays qui représentent près de 85% du PIB mondial et 80% des exportations, se sont mis d’accord sur des indicateurs permettant de mesurer les grands déséquilibres économiques mondiaux. «Les négociations ont été franches, parfois tendues, toujours respectueuses», a avoué la ministre française des finances en clôture de la réunion. Très élégante, dans un tailleur anthracite, collier gris perle et étole rouge sur l’épaule, Christine Lagarde a rappelé sa méthode: pas question de stigmatiser tel ou tel mauvais élève, mais de «trouver des compromis gagnant-gagnant.» La ministre ne le dira pas, mais la Chine, ainsi que d’autres pays émergents, ont donné du fil à retordre aux négociateurs.

L’accord sur les instruments permettant de poser un diagnostic est le préalable à un deuxième temps qui portera sur les remèdes. Objectif final: corriger les déséquilibres des politiques économiques pour asseoir une «croissance solide, durable, équilibrée et créatrice d’emploi dans l’ensemble des pays membres du G20», martèle Christine Lagarde. «Nous voulons éloigner le risque d’une crise économique, financière et sociale telle que le monde l’a connu en 2008. Car si nous poursuivons comme aujourd’hui avec une Europe qui consomme, une Chine qui exporte et économise, des Etats-Unis qui empruntent et consomment, nous créons les conditions d’une autre crise.»

FMI plus circonspect

Si la ministre s’est dite «très satisfaite des résultats» de la rencontre, Dominique Strauss-Kahn, le patron du FMI, a livré une analyse plus nuancée: «C’était une bonne réunion, nous avons avancé, mais c’était difficile. Maintenant que le pic de la crise est passé, on sent que certains Etats sont moins intéressés à la coopération multilatérale» Or, pour lui, les problèmes ne sont pas résolus: «La reprise mondiale se renforce, mais elle n’est pas telle que nous la voulons, en particulier parce qu’elle est inégale. Le chômage reste très élevé, les inégalités augmentent, nous n’allons pas vers une croissance durable et équitable. Certes, en Asie ou en Amérique latine, cela se passe bien, il y a même un risque de surchauffe, certes aux Etats-Unis, la croissance n’est pas si mauvaise, mais en Europe, les taux sont moins bons.» Pour le socialiste, qui n’a pas dit un mot de ses intentions en politique nationale, «la crise financière est derrière nous, la crise économique est passée dans certains pays, mais la crise sociale est encore là et elle reste forte. Nous devons donc continuer nos travaux en menant des actions fortes.»

S’agissant des autres chantiers prioritaires du G20 pourtant, les avancées sont des plus ténues. Les travaux sur la volatilité du prix des matières premières n’ont débouché que sur une volonté «d’aller plus loin dans la transparence et le partage de l’information, notamment au sujet de l’utilisation des stocks», a expliqué Christine Lagarde. Dans ce dossier, les intérêts sont extrêmement divergents entre les grands exportateurs, comme le Brésil, et les pays consommateurs. Un groupe de travail a été constitué sous présidence japonaise.

Activer la supervision

Au chapitre de la régulation financière, les Vingt se sont mis d’accord pour engager des travaux sur les secteurs financiers non encore régulés («shadow banking») et pour poursuivre les engagements déjà pris, notamment avec Bâle 3. «Nous avons bien avancé sur la régulation, mais pas assez sur la supervision du secteur financier», estime Dominique Strauss-Kahn. Le directeur du FMI a aussi appelé, comme Nicolas Sarkozy vendredi soir, à ne pas laisser tomber la taxe sur les transactions financières.

Le chantier de la réforme du système monétaire internationale est aussi ardu. Christine Lagarde s’est contenté de noter que les Etats sont d’accord de travailler à son amélioration. «Les différences de point de vue ne se situent pas qu’entre pays développés et émergents, les nuances sont beaucoup plus subtiles que cela», a expliqué Christian Noyer, le gouverneur de la banque de France. La Chine est un acteur clé du dossier, les autres Etats lui reprochant de sous-évaluer le yuan pour favoriser ses exportations. Se pose aussi la question de l’intégration de la monnaie chinoise dans le panier des DTS (Droits de tirages spéciaux). Un groupe de travail emmené par l’Allemagne travaillera sur ce sujet et un séminaire aura lieu en Chine à la fin mars.