Un ton solennel. Une plume acérée, celle de son conseiller Henri Guaino, ancienne figure du souverainisme. Une mise en scène parfaitement orchestrée, avec des drapeaux tricolores éclipsant la bannière étoilée de l’Europe et même une Marseillaise en guise de conclusion.

Trois ans après son premier discours de Toulon, lors du déclenchement de la crise bancaire mondiale, Nicolas Sarkozy a remis cela jeudi soir devant un parterre de 5000 personnes. Le président français n’a pas hésité à dramatiser la situation. «La peur est revenue», a-t-il lancé d’emblée. «La peur pour la France de perdre la maîtrise de son destin.» Et de prédire le scénario du pire en cas d’immobilisme: «L’Europe peut être balayée par la crise si elle ne change pas.»

Abandon de souveraineté

A une semaine du sommet européen de Bruxelles et à la veille de l’intervention d’Angela Merkel ce vendredi devant le Bundestag, Nicolas Sarkozy entendait donner sa version de la crise de la dette et dessiner un avenir européen. Objectif: appuyer le plaidoyer français pour un renforcement du rôle de la Banque centrale européenne à l’heure où son président, Mario Draghi, rechigne à la transformer en organisme prêteur des Etats endettés. Mais aussi, préparer l’opinion publique française à un futur contrôle européen des budgets nationaux, autrement dit à un abandon de souveraineté. C’est que Nicolas Sarkozy doit composer avec la chancelière allemande, qui rechigne à entendre parler de solidarité et n’entend rien céder sur une discipline budgétaire de fer.

Image de président renforcé

Sans l’Allemagne, point de salut pour la France, a laissé entendre Nicolas Sarkozy qui plaide pour une véritable convergence entre les deux pays. «Ce ne serait pas le choix de l’imitation mais celui du travail en commun pour créer une zone de stabilité et de confiance en Europe», a-t-il expliqué. Le président français veut refonder les traités européens avec Angela ­Merkel. Objectif: ne pas paralyser l’Union des Vingt-Sept mais lui permettre d’aller de l’avant en prenant plus de décisions à la majorité qualifiée. Il recevra la chancelière lundi à Paris pour faire des propositions communes avant de se retrouver à Bruxelles.

Pour Nicolas Sarkozy, ce discours qui se voulait «fondateur» avait évidemment aussi des visées intérieures… Il signe implicitement son entrée en campagne à cinq mois de la présidentielle. Il ne se déclarera pas avant l’an prochain. Mais l’habit de «capitaine» du navire qu’il a une nouvelle fois endossé avait évidemment pour but de renforcer son image de président rassurant, armé pour protéger les Français contre toutes les tempêtes. Message aux électeurs: c’est lui ou le chaos… Les hostilités sont d’ailleurs déclenchées avec son challenger François Hollande. Pour sortir de la crise, Nicolas Sarkozy fait (encore) le choix du «travailler plus», pas celui des 35 heures et de la retraite à 60 ans. Suivez son regard… Mercredi soir, à Bruxelles, le candidat socialiste­ à la présidentielle a estimé que ­dans le couple franco-allemand «depuis plusieurs mois, c’est Mme Merkel qui décide et M. Sarkozy qui suit» ajoutant que «la France par la voix de Nicolas Sarkozy a manqué».

«Diktat allemand»

Mais si la guerre est déclarée, elle l’est désormais dans les deux camps. «Ce que les Français attendaient c’est un discours pour sortir aujourd’hui la France de la crise», a critiqué Martine Aubry. «Il faut relancer la croissance et pas seulement justifier les plans d’austérité», estime la patronne du Parti socialiste. La gauche accuse le chef de l’Etat de dramatiser la situation en jouant sur la peur tout en se couchant devant le «diktat allemand». Mais ce faisant, elle n’a pas évité l’embardée. La sortie de route est venue d’Arnaud Montebourg. L’ancien candidat à la primaire socialiste n’a pas hésité à brocarder le nationalisme allemand en parlant carrément du «retour de Bismarck». Le parti, gêné, s’est désolidarisé de ses propos… ö Page 19