L’enlèvement d’une famille de sept Français, mardi dans le nord du Cameroun, porte à 15 le nombre d’otages français dans le monde, tous en Afrique de l’Ouest. La France détrône désormais les Etats-unis en nombre de ressortissants enlevés. Elle est également, avec l’opération Serval lancée au Mali à la mi-janvier, le seul pays occidental à déployer actuellement des troupes pour lutter contre des groupes islamistes. Même s’il est trop tôt pour parler d’effet collatéral, la guerre menée par la France au Mali la place en première ligne. Aux yeux des multiples groupes djihadistes actifs dans le Sahel, Paris est un ennemi.

Le rapt n’était pas revendiqué mercredi soir, laissant planer le doute sur son origine. Il pourrait s’agir d’un acte crapuleux ou de l’œuvre d’un groupe islamiste opérant au Nigeria. Tanguy Moulin-Fournier, cadre de l’entreprise française GDF-Suez, sa femme, son frère et ses quatre fils âgés de 5 à 12 ans, ont été kidnappés par six hommes armés alors qu’ils revenaient d’une visite dans le parc national de Waza, l’une des principales attractions touristiques du Cameroun. Les ravisseurs ont ensuite traversé la frontière du Nigeria avec leurs otages, a indiqué le Ministère camerounais des affaires étrangères dans un communiqué. Les sept Français se trouveraient depuis mardi soir dans les localités de Bama et Gala, dans l’Etat de Borno, fief de Boko Haram, indique une source locale bien renseignée.

Le Quai d’Orsay soupçonne cette secte islamiste, active dans le nord-est du Nigeria, d’être responsable du rapt. Pourtant, les prises d’otages ne font pas partie de son mode opératoire. Boko Haram, dont le nom signifie «l’éducation occidentale est un péché», est apparu en 2002 au nord du Nigeria. Le groupe a mené depuis des dizaines d’attaques, principalement dirigées contre des lieux de culte chrétiens, provoquant, selon l’ONG Human Rights Watch, la mort d’au moins 1500 personnes depuis que leur chef, Mohamed Yousuf, a été tué par la police nigériane en 2009. La présence de ses combattants est détectée dans le nord du Cameroun depuis quelques mois.

Mais, même si le parcours des otages semble désigner Boko Haram, la secte n’a jamais revendiqué d’enlèvement. C’est un type d’action privilégié par un autre groupe, Ansaru, branche dissidente de Boko Haram, dont le terrain de prédilection se trouve au nord-ouest du Nigeria. Formées au djihad à Tombouctou, ses recrues ont revendiqué plusieurs rapts d’étrangers dans la région. Celui du Français Francis Colomp, 63 ans, un ingénieur expatrié kidnappé le 19 décembre. Et, samedi dernier, celui de sept employés étrangers de la société de construction libanaise Setraco. Dans un communiqué diffusé après ce raid, Ansaru dénonçait l’intervention française au Mali.

Autre hypothèse: l’enlèvement de la famille française est l’œuvre d’un groupe de bandits motivés par le seul appât du gain. «La prise d’otages enfants ne correspond pas au schéma classique des groupes djihadistes», relève un expert du GCTAT, un centre genevois d’étude sur le terrorisme. Par ailleurs, c’est la première fois qu’un enlèvement a lieu sur le sol camerounais, considéré jusqu’ici comme relativement sûr, malgré le nord du pays laissé aux mains de bandes armées. Même s’il s’agissait d’un acte crapuleux, cela n’empêcherait pas son instrumentalisation par un groupe islamiste dans un deuxième temps, ajoute le spécialiste.

Le soir même du kidnapping, le Ministère français des affaires étrangères déconseillait «formellement de se rendre dans la région extrême nord du Cameroun (des rives du lac Tchad au sud de Maroua) et à la frontière avec le Nigeria jusqu’à nouvel ordre». Le centre d’expertise en terrorisme GCTAT y voit le signe d’une montée en puissance des combattants djihadistes dans la région.

Les ravisseurs ont enlevé sept Français dont quatre enfants, alors qu’ils revenaient d’une visite touristique