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En France, la colère des «gilets jaunes» n'est pas apaisée

La cinquième journée de mobilisation des «gilets jaunes» s'achève ce samedi par un bilan mitigé. Moins de manifestants dans les rues, mais des accès de violence toujours problématiques dans plusieurs grandes villes

Le calme n'est pas revenu en France ce samedi. Malgré une nette diminution du nombre de «gilets jaunes» mobilisés à travers le pays, leur cinquième journée d'action a de nouveau été marquée par des épisodes de violences urbaines. A Bordeaux, Toulouse, Nantes ou Lyon, des affrontements avec la police ont amené au bouclage du centre-ville, et à des batailles rangées entre policiers et groupes de manifestants, infiltrés par des casseurs. L'image d'une voiture incendiée à Nantes démontre que l'accalmie espérée par le gouvernement français n'est pas encore au rendez-vous, malgré les concessions sociales d'Emmanuel Macron en début de semaine. Le résumé de cette journée par notre correspondant à Paris.

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■ La colère des «gilets jaunes» n'est pas dissipée

Il est bien sûr difficile de distinguer les «gilets jaunes» d'éventuels groupes de casseurs qui profitent de leur mobilisation pour affronter la police. N'empêche: les images de villes comme Nantes, Bordeaux, Lyon ou Toulouse démontrent que le niveau de colère demeure élevé dans le pays. Et ce, malgré le climat sécuritaire renforcé depuis l'attentat commis mardi 11 décembre contre le marché de Noël de Strasbourg.

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Du coté de la mobilisation, le ministère de l'intérieur parle d'environ 70 000 manifestants à travers le pays, soit une nette diminution par rapport aux deux samedi précédents. Le nombre d'interpellations est aussi en nette baisse: à Paris, une centaine de personnes ont été arrêtées, contre plus d'un millier samedi dernier. Un changement de registre a donc bien eu lieu cette semaine: devant le déploiement des forces de l'ordre et les risques d'interpellation, beaucoup de «gilets jaunes» ont notamment renoncé à «monter» sur Paris où les Champs Elysées n'ont pas subi cette fois de violences et de dégradations. Difficile en revanche pour le gouvernement de parler de trêve: la colère sociale reste à l'ordre du jour. L'esprit de Noël est encore loin d'avoir remplacé l'ambiance insurrectionnelle qui prévaut en France depuis plusieurs semaines.

■ Le combat continue pour beaucoup de «gilets jaunes»

Le plus frappant, dans nos discussions avec les «gilets jaunes» rencontrés ce samedi à Paris, est leur volonté de ne rien lâcher. Beaucoup reconnaissent que les annonces d'Emmanuel Macron sont un début, mais aucun de nos interlocuteurs n'a jugé devant nous ces concessions «suffisantes». A l'évidence, la défiance demeure entre le Président de la République et les manifestants. Important aussi: beaucoup de protestataires redoutent de ne pas voir se matérialiser les promesses d'augmentation du salaire minimum, ou les concessions fiscales faites aux retraités. En clair: Emmanuel Macron et le pouvoir exécutif demeurent sous surveillance.

L'autre élément à retenir est l'évolution du mouvement. La plupart des «gilets jaunes» que nous avons rencontrés sont des vétérans de la mobilisation. Ils étaient, pour la plupart, déjà venus à Paris ces derniers samedi. Ceux-là ne lâcheront pas prise. On sent qu'un noyau dur du mouvement est désormais constitué dans chaque département. Autre point à retenir: tous les «gilets jaunes» auxquels nous avons parlé rejettent l'éventuelle récupération de leur combat par la France insoumise (gauche radicale) ou le Rassemblement national de Marine Le Pen. Leur leitmotiv reste l'expression directe de la volonté populaire. La proposition de référendum d'initiative citoyenne (RIC) mentionnée dans le manifeste des «gilets jaunes» apparait très populaire. Or Emmanuel Macron, dans son intervention télévisée du lundi 10 décembre, ne l'a pas mentionné. 

■ Un enjeu social, mais surtout politique

La deuxième manche du bras de fer entre les «gilets jaunes» et le pouvoir ne fait que commencer. La promesse qu'a faite Emmanuel Macron de rouvrir un grand débat sur la manière dont la France est gouvernée ne pourra pas disparaitre si facilement. L'on voit mal, aussi, comment le gouvernement pourrait continuer de mobiliser à ce niveau les forces de l'ordre à travers le pays, à l'approche des fêtes.

Plus qu'une trêve, c'est en fait une drôle de guerre qui s'engage entre Emmanuel Macron et la partie de la population qui ne lui fait plus confiance et l'accuse de l'avoir abandonnée. Pour l'essentiel, tous les «gilets jaunes» que nous avons rencontrés nous ont affirmé qu'ils «ne se tairont plus». Le besoin de s'exprimer, de faire connaitre leurs revendications, de ne plus laisser les métropoles monopoliser le débat public, revient en permanence. Ce samedi n'a pas été celui de la confrontation généralisée. Mais il ne marque certainement pas un début de réconciliation. A l'image des violences survenues dans plusieurs grandes villes, l'incendie peut à tout moment repartir. Le feu couve toujours sous les braises. 

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