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Heurts entre policiers et manifestants sur le boulevard Saint-Michel le 2 mai 1968.
© JACQUES MARIE/AFP PHOTO

Éditorial

En France, les colères de mai

ÉDITORIAL. L’éruption de violence en tête du cortège syndical du 1er Mai à Paris démontre qu’en France le feu social est loin d’être éteint. Problème: cinquante ans après Mai 68, le blocage des négociations favorise tous les ultras, casseurs ou non.

Qui n’a pas vu ces clichés cultissimes des manifestants de Mai 1968 faisant pleuvoir les pavés sur les CRS? Rien à voir, pensons-nous aujourd’hui, entre ces combats étudiants-policiers d’antan et le saccage d’un McDonald’s mardi 1er mai par des casseurs regroupés sous l’appellation «Black Blocs». Erreur. Relire l’histoire des «événements» oblige à réviser ce point de vue. Mai 68 eut aussi son lot de «blocs». Les «Katangais» qui occupèrent l’Odéon en faisaient partie. En France, terre révolutionnaire par excellence, violence et colère sociale vont toujours de pair. 

Lire aussi: Violence et extrémisme, ces maladies françaises 

Attention, toutefois, à considérer les dégradations survenues mardi non loin de la Gare de Lyon, bien connue des Suisses, comme la seule conséquence d’une rage délinquante et de forces de l’ordre mal préparées, voire débordées. Cette colère de mai, comme les dégradations de l’hôpital Necker survenues en juin 2016 lors de la contestation du premier projet de loi réformant le Code du travail, intervient dans le contexte d’un bras de fer durable entre l’Etat et des groupuscules contestataires radicaux. Brusques, isolés, destinés à défier la police, ces accès de violence profitent aussi de la lassitude des syndicats, persuadés que le gouvernement veut les marginaliser. D’où le peu d’empressement de leurs cerbères à museler les agitateurs infiltrés…

Où sont les différences alors entre 1968 et 2018? D’abord dans l’air du temps. Les protestataires de mai 1968 voulaient que l’Etat gaulliste reconnaisse les aspirations des jeunes et des ouvriers. Ce qui, grosso modo, finira par arriver. Or, mai 2018 est l’exact contraire: personne ne croit plus, en France, dans la capacité des pouvoirs publics à réparer les plaies sociales. Il ne s’agit plus d’obtenir une augmentation ou des droits, mais de faire reculer l’Etat. Plus grave: l’expérience démontre – comme sur le site de l’aéroport abandonné de Notre-Dame-des-Landes – que la violence paie. Même arrêtés et déférés en justice en comparution immédiate – une centaine l’ont été mardi – les casseurs parviennent à se noyer dans la masse et parfois à infléchir les décisions gouvernementales. Une pernicieuse «prime à la casse» s’est peu à peu installée dans le paysage hexagonal. 

L’autre différence est le fossé entre l’exécutif et le pays, bien plus fracturé et angoissé qu’il y a un demi-siècle. Emmanuel Macron est un réformateur légitimé par les urnes. Mais il n’est pas le général de Gaulle, que l’histoire reliait à la majorité des Français. L’efficacité mise en avant par le gouvernement est, pour les activistes qui jugent l’Etat de droit biaisé, un répulsif plus qu’un argument. Extrême gauche et extrême droite profitent donc du malaise ambiant pour édifier un mur des radicalités. L’urgence pour le président français, après ce 1er mai 2018 explosif, est de s’atteler à le déconstruire.

Lire également: «En mai 68, de Gaulle était là depuis dix ans…»


Retrouvez les articles de la série Mai 68:

  1. Mai 68, sous les braises de la révolte
  2. Les «enragés» du Quartier latin vus par la presse libérale romande
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