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En France, décrocher le portrait du président n’est pas un délit

Des centaines de portraits d’Emmanuel Macron dans les mairies ou les administrations françaises ont été décrochés par des activistes opposés à sa politique. Un tribunal a relaxé deux d’entre eux lundi à Lyon

Le portrait officiel du président de la République française peut être décroché et brandi ensuite lors de manifestations contre sa politique. Le lundi 16 septembre, un juge lyonnais l’a en tout cas admis, relaxant deux militants poursuivis pour vol en réunion pour avoir subtilisé la photo présidentielle dans une mairie de la ville. Motif de cette relaxe: «La réalité du dérèglement climatique affecte gravement l’avenir de l’humanité, ce qui légitime d’autres formes de participation des citoyens, dans le cadre d’un devoir de vigilance critique.»

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En théorie, ce type d’action, s’il est interprété par le juge comme un acte de «rébellion» contre l’Etat, est passible en France de 5 ans de prison et 75 000 euros d’amende. Cette décision intervient alors qu’un procès beaucoup plus retentissant va avoir lieu cette semaine à Paris, les 19 et 20 septembre: celui du leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier est accusé d’avoir empêché une perquisition policière autorisée par la justice au siège de sa formation en octobre 2018.

Environ 150 cas en un an

Le «décrochage», considéré par de nombreuses organisations de désobéissance civile comme un acte légitime, peut donc être considéré comme légalement admissible. Lors du récent G7 de Biarritz, plusieurs centaines de portraits d’Emmanuel Macron s’étaient retrouvés brandis dans les rues de Bayonne par les manifestants opposés au sommet. En juin, six militants poursuivis pour les mêmes motifs dans le département de l’Ain avaient en revanche été reconnus coupables de «vol en réunion avec ruse» par le tribunal de Bourg-en-Bresse, et condamnés à des peines allant de 250 à 500 euros d’amende pour avoir dérobé les photos à la mairie de Jassans-Riottier. Selon les autorités, environ 150 portraits du président ont été décrochés depuis un an, à la faveur du mouvement des «gilets jaunes» qui avait démarré par une première manifestation à Paris le 17 novembre 2018.

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Ironie de la politique française, la relaxe des activistes lyonnais a été immédiatement saluée comme «historique» par la dirigeante de l'ONG Oxfam France, l’ancienne ministre Cécile Duflot. Une ministre qui, sous le quinquennat de François Hollande, avait pour but dans son domaine (le logement) de faire respecter les lois de la République… Le «décrochage» est surtout préconisé par les associations de défense de l’environnement, qui voient dans ce geste l’occasion de dénoncer le cynisme de l’Etat français dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Une photo symbolique

Plusieurs collectes de fonds ont été lancées sur internet pour venir en aide aux «décrocheurs» poursuivis en justice. «Ce ne sont pas les activistes qu’il faut juger, mais les vrais responsables: faisons de chaque procès de nos activistes le procès de l’inaction climatique», propose par exemple ANV-COP21, un collectif de sauvegarde de la grande conférence de Paris sur le climat de décembre 2015. Selon ces militants, cette démarche fait écho à la pétition «L’affaire du siècle» signée par plus de deux millions de Français, pour soutenir l’ouverture de poursuites judiciaires contre l’Etat, accusé d’inaction en matière climatique. Des manifestations de «décrocheurs» ont aussi eu lieu ces derniers jours à Strasbourg, près de la raffinerie de Total de La Mède (Bouches-du-Rhône) et dans le quartier d’affaires parisien de la Défense.

Emmanuel Macron, après son investiture à la présidence en mai 2017, avait apporté beaucoup de soins à sa photo officielle, le montrant appuyé sur un bureau, deux téléphones portables posés dessus et plusieurs livres à proximité. Parmi eux: Les nourritures terrestres d’André Gide. Tout un symbole en cette ère d’appauvrissement des ressources planétaires.

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