Les départements français mettent le cap à droite toute

France L’UMP redevient sans conteste la première force politique du pays. Le FN bétonne son ancrage

Il peut savourer sa revanche. Moins de six mois après son retour en politique et son accession à la présidence de l’UMP en novembre 2014, Nicolas Sarkozy est le grand vainqueur du second tour des départementales françaises. Lui que l’on disait «diviseur», lui que ses détracteurs traitaient d’«homme du passé» a fait carton plein. A l’issue du décompte des voix, encore en cours à l’heure d’écrire ces lignes, l’UMP et ses alliés centristes de l’UDI, avec plus de 44% des voix selon les estimations, pourraient prendre le contrôle de 70 départements, contre 40 à l’issue du précédent scrutin de 2011. Le Parti socialiste (28% des suffrages), qui en comptait soixante, en perdrait lui la moitié, voire plus. Tandis que le Front national (24,4%), en forte progression sur tout le territoire, raterait la prise symbolique d’au moins un département…

Abstention de 50,5%

Le vrai succès de la droite est illustré par trois victoires extraordinairement symboliques de l’UMP dans le fief socialiste du Nord, dans le département de la Corrèze présidé par François Hollande avant son élection à la présidence, et dans le terroir breton des Côtes-d’Armor. Le Nord frappé de plein fouet par la crise économique, où la droite avait déjà emporté de beaux succès aux municipales de mars 2014. La Corrèze où la gauche rurale cède sous le poids de l’impopularité de l’exécutif. Les ­Côtes-d’Armor où les appels à l’unité et à la mobilisation du respecté ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, n’ont pas empêché le basculement.

«Le désaveu à l’égard du pouvoir est sans appel s’est exclamé Nicolas Sarkozy. Jamais une politique n’avait autant incarné l’échec à tous les niveaux.» De fait: hier soir, la carte politique des départements et des 1905 cantons à pourvoir – il y avait 1614 duels et 278 triangulaires – semble lui donner raison.

Les 21 millions environ d’électeurs français qui ont voté hier – abstention de 50,5%, plus qu’au premier tour – ont donc choisi de mettre le cap à droite toute, ouvrant un fossé que les élections régionales de décembre prochain risquent de creuser encore plus. Ils ont surtout démontré, comme l’a reconnu hier soir un Manuel Valls crispé, que la désunion et les fractures sont fatales à la gauche française. «Trop divisée. Trop dispersée. Sans unité, rien ne sera possible», a asséné le premier ministre dont le reste du discours… semble bizarrement ouvrir la voie à des fissures encore plus grandes. Comment, en effet, croire que son assurance affichée sur le fait que «les premiers signes de reprise économique sont là», puisse parvenir à convaincre? Tout comme les victoires de l’UMP dans le Nord, la Corrèze et les Côtes-d’Armor en disent long sur la lourde défaite du PS, la publication d’un communiqué des «frondeurs» socialistes a valeur d’avertissement. La guerre entre les courants du PS, que le tandem Hollande-Valls espérait faire taire grâce à une défaite modérée, est partie pour reprendre de plus belle, surtout quand des départements aussi liés à des personnalités gouvernementales que les Deux-Sèvres (le fief de Ségolène Royal, ministre de l’Environnement et numéro trois de l’exécutif) bascule à droite.

Une droite «républicaine» qui regagne la domination territoriale qu’elle avait laissé filer à partir du milieu des années 1990, après avoir infligé à la gauche une défaite historique en 1992. Un PS qui, après avoir encaissé de gros revers municipaux, se retrouve privé d’une grande partie de son ancrage local. Que reste-t-il? Un Front national conquérant, dont l’équation du second tour tend à démontrer qu’il ne prend plus de voix à droite, mais qu’il caviarde de plus en plus l’électorat de gauche: fonctionnaires, classes moyennes rurales, paysannerie du centre de la France. Certes, Marine Le Pen ne semble pas devoir rafler de département. Certes, son score plafonne. Mais passer d’un élu sortant à plus d’une soixantaine d’élus est, pour le Front, une révolution. En plus, le parti d’extrême droite pèsera lourd, très lourd, lors du «troisième tour» que sera la formation de majorités départementales. Le «tripartisme» né du premier tour s’est confirmé hier. Nicolas Sarkozy, qui a défendu avec succès lors de ces départementales le «ni Front national, ni PS», va très vite, à coup sûr, s’y retrouver confronté dans la préparation des primaires UMP pour la présidentielle 2017.