En France, le dîner des institutions juives attise la polémique

Antisémitisme Lundi soir, le trentième dîner du CRIF a été dominé par les débats autour du FN et de l’islam

Achevé, l’esprit «Charlie»? La polémique qui a secoué la préparation, lundi, du trentième dîner du CRIF à Paris montre combien les fractures confessionnelles françaises restent à vif, et inflammables, bientôt deux mois après les attentats contre Charlie Hebdo et contre l’Hyper Cacher.

Avant même que les quelque 700 invités, dont le président François Hollande et le premier ministre Manuel Valls, arrivent vers 20h30 à l’Hôtel Méridien Montparnasse pour la soirée toujours prisée du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), son président Roger Cukierman a en effet provoqué une vive réaction de la part de l’organisation musulmane homologue: le Conseil français du culte musulman (CFCM), indigné par ses propos matinaux sur Europe 1: «Toutes les violences [à caractère antisémite], et il faut dire les choses, toutes les violences aujourd’hui sont commises par des jeunes musulmans» avait déclaré Roger Cukierman, après avoir affirmé: «Le Front national est un parti pour lequel je ne voterai jamais, mais c’est un parti qui aujourd’hui ne commet pas de violences contre les juifs.» L’intéressé a ensuite corrigé le tir dans plusieurs tweets et interviews, estimant, à propos des musulmans, qu’«il faut nommer les choses», et au sujet de Marine Le Pen, qu’«elle est irréprochable sur le plan juridique, mais elle ne s’est jamais désolidarisée des propos antisémites de son père».

Boycott musulman

Outre qu’elle a provoqué le boycott du dîner par le recteur de la mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, cette sortie du président du CRIF, en plein débat sur le durcissement des mesures pour prévenir l’antisémitisme, est une «bombe» difficile à manier pour le gouvernement français, avant le scrutin départemental du 22 mars, où le Parti socialiste au pouvoir et le parti d’opposition de droite UMP risquent d’être distancés par le FN, crédité de 30% des voix selon les derniers sondages. François Hollande s’est, dès son arrivée, enfermé avec Roger Cukierman loin des caméras venues pour filmer les autres vedettes de la soirée (tels les comédiens Francis Huster, Dany Boon ou Yvan Attal) et les annonces présidentielles attendues sur le nouveau plan de lutte contre l’antisémitisme.

Le dîner du CRIF, supposé incarner l’unité de la communauté israélite, a surtout montré les divergences qui règnent au sein de celle-ci, alors que le gouvernement israélien multiplie les appels aux juifs français. L’un des critiques les plus véhéments de Roger Cukierman a été lundi l’avocat Arno Klarsfeld, selon lequel «avec le Front national, on aurait des statues de Pétain dans toutes les mairies de France». Des propos salués comme «sensés» par l’ex-président Nicolas Sarkozy, lui aussi convié.

Roger Cukierman, 78 ans, a présidé le CRIF de 2001 à 2007, puis le préside de nouveau depuis 2013. Il est vice-président du Congrès juif mondial. Il avait déjà suscité la polémique en 2002, à la veille du second tour opposant Jean-Marie Le Pen à Jacques Chirac, en estimant que le score du candidat FN «était un message aux musulmans leur indiquant de se tenir tranquilles». Des propos, selon lui, «sortis de leur contexte».