Les deux Chambres du parlement réunies lundi en congrès à Versailles ont adopté les modifications de la Constitution française préalables au référendum de ratification du traité constitutionnel européen. Une étape franchie sans émotion malgré le cadre somptueux de l'hémicycle installé dans le palais du Roi-Soleil – 730 députés ont voté pour, 66 contre, et il y a eu 96 abstentions, dont celles de Laurent Fabius et de ses amis. Cette révision prévoit l'obligation de soumettre au référendum toute nouvelle adhésion après la Bulgarie, la Roumanie et la Croatie. Donc celle de la Turquie, qui divise la majorité puisque l'UMP s'y oppose alors que le président de la République y est favorable.

Ce Congrès aurait été sans surprise si Jacques Chirac n'avait pas décidé de lui soumettre une autre loi constitutionnelle, la Charte de l'environnement. Les socialistes, qui l'approuvaient dans l'ensemble, ont eu le sentiment d'être mis en demeure de se rallier deux fois de suite dans la même journée au président de la République. Ils se sont abstenus de participer au vote pour manifester leur mauvaise humeur en sachant que cette charte serait de toute façon votée par la majorité de droite.

On entre maintenant dans le vif du sujet. Jacques Chirac souhaite que le référendum ait lieu le plus tôt possible. Il rencontre à partir de ce mardi les présidents de l'Assemblée nationale et du Sénat ainsi que les chefs des différents groupes parlementaires pour discuter du déroulement de la campagne et de la date du référendum. Ce sera sans doute le 22 mai (on le saura avant la fin de la semaine). Il semble difficile de faire mieux en raison des jours fériés du mois de mai, et du temps nécessaire à l'impression et à l'acheminement de 42,5 millions de traités constitutionnels européens dans les boîtes aux lettres des électeurs.

«Beaucoup de pédagogie»

Jacques Chirac est entré en campagne dès hier. Il a déclaré lors d'une conférence de presse qui concluait un sommet franco-polonais dans le nord de la France: «Je prendrai part, naturellement, et toute ma part, à ce débat pour expliquer aux Françaises et aux Français pourquoi cette Constitution est une chance pour la France et une chance pour l'Europe.» Il veut une campagne «pédagogique». Il faudra beaucoup de pédagogie pour éviter que les électeurs oublient leurs inquiétudes et leurs mécontentements au moment de choisir leur bulletin de vote. De ce point de vue, les mauvaises nouvelles s'accumulent. Les plus récentes: l'affaire de l'appartement de l'ex-ministre des Finances, Hervé Gaymard, et le passage du taux de chômage au-dessus de la barre des 10% alors que les grandes entreprises cotées au CAC 40 annoncent des profits exceptionnels.

Le chef du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, que Jacques Chirac était allé soutenir en Espagne avant le référendum facultatif, sera cet après-midi à la tribune de l'Assemblée nationale. Nul doute qu'il y exhortera les électeurs français à ratifier le traité. Mais il en faudra plus pour lever les incertitudes et faire de la campagne référendaire une partie de plaisir.