De la lente agonie du «géant de l'Afrique centrale» – avant-hier le Congo belge, hier le Zaïre, aujourd'hui encore la République démocratique du Congo, demain… – ils continueront à observer les convulsions, à en contrôler peut-être le rythme, à les provoquer même selon certains. Les Etats-Unis et la France, puisque ces deux acteurs sont par leur politique africaine incontournables dans toute la région, demeurent en effet largement impliqués, à différents niveaux, dans les événements qui secouent l'ex-Zaïre.

Vendredi, on allait jusqu'à ouvertement évoquer l'«accord implicite des Etats-Unis et de

la France» donné à la rébellion menée depuis le Kivu contre le régime de Laurent-Désiré Kabila: une source proche de cette guérilla, citée par l'AFP à Bruxelles, affirmait que «six mois après la chute de Mobutu (soit dès novembre 1997, ndlr), dès qu'il a été établi que Kabila n'était pas l'homme de la situation, nous avons demandé à tout le monde, aux Français et aux Américains, d'aider à normaliser la situation.» Leur soutien aurait ainsi été acquis «à condition d'éviter tout bain de sang et l'exode de population, ce qui se fait actuellement». Information ou propagande?

La France a très vite réagi, niant être mêlée «aux événements actuels en République démocratique du Congo et dans la région des Grands Lacs», selon le Quai d'Orsay.

De même, Charles Josselin, ministre de la Coopération, avait refusé de confirmer, jeudi, les informations publiées la veille par le Canard enchaîné rapportant que les services de l'Elysée ont eu connaissance d'un complot contre Laurent-Désiré Kabila, et «seraient entrés en contact avec les milieux d'opposition qui le préparaient».

Selon l'hebdomadaire français, Paris aurait de la sorte voulu prendre sa revanche sur les Etats-Unis dont le soutien au gouvernement rwandais avait préparé, il y a dix-huit mois, la chute de Mobutu.

Sachant que les rebelles banyamulenge – des Congolais tutsis originaires du Rwanda – sont appuyés par des contingents de l'armée rwandaise, l'absurdité de ce nouveau retournement ne peut que laisser pantois. Car le régime de Kigali, à dominante tutsie, n'a jamais caché son aversion pour toute initiative française, lui qui reçoit toujours de la part des Etats-Unis une bénédiction politique et un appui militaire. Washington a dû récemment reconnaître qu'une soixantaine de ses experts se trouvait au Rwanda, sur une île du lac Kivu. Selon le quotidien Libération, ils seraient chargés d'entraîner l'armée rwandaise à la lutte anti-guérilla. Car ce tout petit Etat des Grands Lacs, aux troupes aguerries, cherche en priorité à sécuriser un glacis dans l'Est congolais, base arrière de sa propre rébellion.

Le revirement américain n'étonne guère, en revanche. Si les Etats-Unis, aujourd'hui, lâchent l'homme qu'ils avaient hâtivement adopté comme un «nouveau dirigeant» prêt à faire renaître l'Afrique, c'est beaucoup parce que Laurent-Désiré Kabila n'a pas su faire de l'un des pays les plus riches du continent un marché suffisamment sûr pour attirer les entrepreneurs américains.