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Emmanuel Macron et le président du Conseil italien, Giuseppe Conte, se sont rencontrés à l’Elysée vendredi.
© Aurelien Meunier

Frontières

La France face aux migrants: les faits qui fâchent

Le Ministère français de l’intérieur va dépêcher une mission à Valence pour identifier d’éventuels demandeurs d’asile. Mais dans les faits, Paris s’emploie surtout à endiguer de nouvelles arrivées

Deux chiffres résument la polémique qui, depuis le refus des autorités de Rome de laisser accoster l’Aquarius dans le port sicilien de Catane le 10 juin, oppose la France et l’Italie, mettant la cohésion européenne à rude épreuve.

Le premier donne raison au ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini. De septembre 2015 à mai 2018, environ 750 migrants débarqués dans la Péninsule ont été relocalisés en France au titre du plan présenté par la Commission européenne il y a deux ans pour soulager l’Italie et la Grèce. Un chiffre bien éloigné des promesses de Paris, qui s’était alors engagé à accueillir 30 000 migrants en provenance des deux pays.

Lire notre éditorial: Moins de migrants, plus de nationalistes

Retards de l'administration italienne

Un échec attribuable à deux facteurs: le départ spontané d’Italie des migrants éligibles à l’asile – surtout les Soudanais – vers les pays d’Europe du Nord, via l’Autriche. Et les retards pris par l’administration italienne dans l’organisation des «hot spots», les centres d’enregistrement où les fonctionnaires de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides peuvent aller enregistrer les demandes d’asile.

Lire aussi: Ces «hotspots» dont l’Afrique ne veut pas

En comparaison, plus de 4500 migrants en provenance de Grèce ont été relocalisés dans l’Hexagone sur la même période. Au total, selon des chiffres publiés le 31 mai 2018 par la Commission européenne, 34 689 demandeurs d’asile ont été relocalisés dans l’UE – 12 690 depuis l’Italie et 21 999 depuis la Grèce – soit 35% des 98 255 personnes éligibles à ce programme. La Suisse, contributeur volontaire à ce plan de réinstallation communautaire en tant que membre de l’espace Schengen, a pour sa part atteint le quota de 1500 personnes, conformément à ses engagements.

Tensions aux frontières

Le second chiffre explosif est celui des «non admis aux frontières», dont le ministre de l’Intérieur français Gérard Collomb a fait la colonne vertébrale du durcissement de la politique migratoire française envers les clandestins, pour éviter de nouveaux abcès de fixation comme l’ex- «jungle» de Calais. En 2017, alors que les arrivées de migrants ont nettement baissé, 85 000 «non-admis» ont été refoulés contre 45 000 en 2016. C’est cette fermeté affichée qui a entraîné les incidents frontaliers ayant opposé les policiers français à leurs homologues italiens, notamment au col de l’Echelle et à Vintimille. Pour se justifier, Paris se retranche derrière l’augmentation de 13% du nombre de titres de séjour délivrés l’an dernier (262 000) et le nombre record de demandes d’asile enregistrées (plus de 100 000).

La France a aussi promis en octobre 2017 d’accueillir dans les deux ans 10 000 migrants identifiés par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés dans les camps du Niger, du Tchad, du Liban, de Turquie et de Jordanie. Trois mille seront issus des missions de «protection avancée» déployées par l’Office de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) en Afrique subsahélienne. Des statistiques migratoires centralisées par le préfet Alain Régnier, délégué interministériel à l’intégration des réfugiés, depuis sa nomination en janvier 2018.

Question épineuse

Comment sortir de l’impasse qu’ont tenté d’esquiver diplomatiquement le président français, Emmanuel Macron, et le président du Conseil italien, Giuseppe Conte, lors de leur rencontre à l’Elysée vendredi? La première option est pour la France de rattraper son retard vis-à-vis de l’Italie, soit en ouvrant ses ports aux futurs bateaux de secours, soit en dépêchant désormais des missions de l’Ofpra dès le débarquement comme c’est le cas à Valence (pour éviter l’enregistrement par les Italiens qui, du fait des règlements de Dublin, doivent ensuite récupérer les déboutés).

Lire également: Une nouvelle feuille de route pour l’Europe

Seconde option: l’accélération de l’installation de «hot spots» gérés par Frontex, l’agence de protection des frontières communautaires, dans les ports italiens, grecs et espagnols. Avec, en arrière-plan, une autre question assurée d’empoisonner le sommet européen de juin: que faire avec les pays d’Europe centrale – Pologne et Hongrie notamment – qui continuent de refuser, eux, toute relocalisation sur leur sol de migrants débarqués sur les rives de la Méditerranée?

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