Criminalité

En France, les faits divers violents se suivent et ne se ressemblent pas

Menaces avec un pistolet factice contre une enseignante, appel à purger les villes des policiers, affrontements entre gangs dans les cités, agents déployés dans les écoles… Le climat est tendu en France 

Quel rapport entre le déploiement de policiers dans les écoles «sensibles» et la confirmation, le vendredi 26 octobre, des contours du service national universel obligatoire pour tous les adolescents de 16 ans, promis par Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle? Ces deux mesures répondent à une même réalité: la nécessité d’une reprise en main des jeunes classes d’âge, dans une France de plus en plus rythmée par des incidents violents commis par des mineurs.

Quatre faits divers, dont deux tragiques, ont alimenté le débat ces jours-ci. Les plus dramatiques se sont déroulés dans le XXe arrondissement de Paris et à Sarcelles, une ville de banlieue, au nord de la capitale. Deux adolescents de 17 ans y ont été retrouvés morts, victimes de règlements de comptes entre bandes rivales, sur fond de trafic de stupéfiants. A Paris, les deux agresseurs présumés ont 17 et 20 ans. A Sarcelles, un trio de mineurs âgés de 15 et 16 ans a été interpellé.

Une chronique en mai 2018: Violence et extrémisme, ces maladies françaises

Un climat sous-estimé

Ces deux attaques portent à 160 – d’après un rapport publié par Le Parisien – le nombre d’agressions violentes recensées par la police en région parisienne depuis début 2018, causant la mort de dix jeunes. Une réalité qui inquiète les militaires, avec lesquels le gouvernement travaille à l’élaboration du futur service national, dont les premières expérimentations seront mises en place pour environ 3000 personnes, en 2019, jusqu’à sa généralisation en 2026: «On sous-estime le climat général de violence en France, surtout en zone urbaine, explique un officier à la retraite, spécialisé dans le recrutement de jeunes issus de la diversité pour des grandes entreprises et présent début octobre au salon «Paris pour l’emploi». Il y a ceux qui frappent, souvent tombés très tôt dans la délinquance. Et beaucoup d’autres qui suivent ou ont peur.»

Ce sentiment d’une France de plus en plus violente a été aggravé, le 19 octobre, lorsqu’un élève du Lycée Edouard Branly de Créteil, dans la banlieue sud de Paris, a menacé l’une de ses enseignantes d’un pistolet à grenaille, exigeant qu’elle le note «présent» alors qu’il n’était pas en cours. La vidéo de l’agression, filmée par un élève, a fait le tour des réseaux sociaux sur internet, et alerté le sommet de l’Etat.

En février 2017: Face au risque d’explosion des banlieues, le compte à rebours politique français

La procédure pénale pour les mineurs n'est plus adaptée

Les ministres de la Justice, de l’Education et de l’Intérieur ont accouché d’un «plan» présenté hier. La présence de policiers dans les établissements est évoquée, ainsi que des mesures pour «signaler systématiquement les faits de violence», «convoquer les conseils de discipline de façon simplifiée» et instaurer «des travaux d’intérêt général dans les écoles pour les coupables de violence». Vingt nouveaux centres éducatifs «fermés» pour mineurs délinquants sont aussi en projet. Pas suffisant pour les syndicats de policiers, qui pointent du doigt le défi. «Il faut modifier la procédure pénale en vigueur pour les mineurs. Elle n’est plus adaptée. Les trafiquants de drogue misent sur les plus jeunes recrues car ils savent que les juges les libèrent. Et une fois que des bandes se constituent, la violence s’enracine», explique Benoit Barret, du syndicat Alliance.

Les spécialistes de la délinquance nuancent l’impression d’une épidémie de violence. La France a souvent été le théâtre d’explosions de colère, lors desquelles des voitures sont incendiées dans les quartiers. «Le problème est que la possibilité de sortie des bandes et de la délinquance est réduite», a expliqué le sociologue Marwan Mohammed dans Le Monde.

Des blagues qui ne font rire personne

Dans les commissariats, pourtant, un livre est souvent cité. Publié en 2013, La France Orange mécanique de Laurent Obertone (Ed. Ring) avait été relativement boudé par les médias. Or l’accumulation des causes de violence, entre la radicalisation islamique, la recrudescence des agressions homophobes et racistes ou les rixes entre gangs, accrédite en partie sa thèse. D’autant que les forces de l’ordre, déjà prises pour cible par les terroristes, s’estiment aussi de plus en plus visées par cette délinquance locale. Lundi, un Grenoblois de 19 ans a été placé en garde à vue pour avoir diffusé un appel à «une purge contre les policiers» lors de la fête d’Halloween, appel aussitôt relayé sur internet. L’homme s’est défendu en évoquant une «blague». Mais personne ne rit.

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