Mais que recherche François Bayrou en annonçant la création d'un nouveau parti de centre droit sur les ruines de l'UDF, l'ensemble de courants qui, depuis 1974, composait, face aux gaullistes du RPR, l'«autre droite» française? C'est la question qui se pose depuis mercredi soir en France, quand le chef de Force démocrate a annoncé tout de go la mise en œuvre d'une idée qui le travaille depuis de longs mois déjà.

Lundi soir, il y avait fait bruyamment allusion, quand fut confirmée l'élection de cinq présidents de région UDF avec l'appui des élus du Front national. Cette fondation surprise s'est du reste produite à contretemps: le matin même, union sacrée oblige, Alain Madelin, son concurrent au sein de l'UDF et président de Démocratie libérale (la composante la plus libérale du mouvement), avait enfin accepté de se rallier à l'idée d'exiger la démission des cinq présidents «fautifs». Cela aura été sans effet sur François Bayrou. Même si ses compagnons de route, dont Pierre Méhaignerie, sont dubitatifs quand d'autres s'enthousiasment; même si François Léotard et Alain Madelin ne sont pas prêts du tout à le laisser quitter le navire UDF en perdition, il poursuit son chemin. Tout au plus prévoit-il d'élargir son «centre» en «grand centre», regroupant libéraux, chrétiens-démocrates, conservateurs. Il se sait appuyé par des radicaux et par Hervé de Charette, ex-ministre des Affaires étrangères et dirigeant du Parti populaire pour la démocratie française.

Interrogés, les experts de la droite sont perplexes. Bien sûr, plutôt que refaire du neuf en rameutant l'ensemble de l'UDF – depuis 1974, tous les efforts de fusion des divers courants de l'UDF ont échoué –, il n'a pas tort de rechercher l'initiative plutôt que des arrangements de circonstance. François Bayrou donne l'image de la jeunesse: même s'il n'est pas le grand homme que la droite pourrait attendre, c'est un atout.

Au-delà, on est réduit aux hypothèses. Peut-être songe-t-il à créer une force du centre qui puisse, le jour venu, faire alliance avec un Parti socialiste délié de ses engagements avec le Parti communiste. L'heure n'en a pas encore sonné: le PS est en phase ascensionnelle. Il est solidement rivé au PC, qui a intérêt à ce que cette alliance se réalise, même si son dirigeant, Robert Hue, est visiblement embarrassé par l'activisme des mouvements d'extrême gauche qui lui font concurrence. De plus, la formation dont il rêve n'a nullement l'envie de devenir la «roue de secours du PS» pour reprendre la formule d'un de ses adjoints, Claude Goasguen.

Pour faire pendant à la gauche, François Bayrou rêve depuis longtemps d'un parti d'inspiration démocrate-chrétienne à l'allemande, prônant l'économie sociale de marché. Il reste que la Démocratie chrétienne n'est pas dans l'arbre généalogique de la vie politique française. La France est un pays laïc, l'Eglise n'y a pas l'emprise qu'elle peut avoir en Italie ou en Allemagne. Il doit donc s'ouvrir aux libéraux: comment et dans quelle proportion, pour préserver sa vocation sociale? Question ouverte.

Enfin demeure l'ambition personnelle de ce quadragénaire qui entend faire parler de lui. En ce sens, ce fils prodigue de l'UDF rêve simplement de se placer, au sein de la droite, pour la prochaine échéance présidentielle.