Steve Bannon court depuis des jours les métropoles européennes avec un même message: le rejet des élites mondialisées est en train de sonner le glas des systèmes politiques occidentaux et des partis traditionnels. L'idéologue américain avait entonné ce refrain à Zurich. Il l'a repris samedi à Lille, devant les militants du Front national, oubliant les spécificités électorales françaises, et le camouflet constitué par l'échec de Marine Le Pen au débat télévisé présidentiel de l'entre deux tours face à Emmanuel Macron.

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Une performance

Dire que les parallèles dressés par l'ex directeur de campagne de Donald Trump entre les Etats-Unis, l'Europe et la France ont leurs limites est absolument correct. Mais en l'invitant pour son 16ème congrès, avant de proposer un nouveau nom pour son parti d'extrême-droite, Marine Le Pen (réélue sans surprise présidente de la formation qu'elle dirige depuis 1991) a quand même réussi une performance: celle de réapparaitre comme une femme politique porteuse d'avenir dont la formation peut - dans le sillon de Trump et des récentes vagues national-populistes en Italie ou en Autriche - rassembler les colères et tourner la page de la défaite depuis mai 2017. C'est le point essentiel.

L'histoire dira qui poursuivra le combat à la tête d'un FN rebaptisé entre Marine ou sa jeune nièce Marion, encensée par Steve Bannon. L'histoire dira aussi si le quinquennat d'Emmanuel Macron va commencer à panser, ou au contraire envenimer les fractures de la société française. Et s'il va réussir à redonner, comme son élection l'a prouvé, le goût de l'Europe unie à ses concitoyens...

D'ici là, la réalité est que les militants frontistes avaient cruellement besoin d'un discours re-mobilisateur, d'un horizon, d'un dessein susceptible de leur faire oublier l'échec présidentiel. Or en ouvrant samedi soir devant eux à Lille la porte de la révolution populiste et citoyenne mondiale à la sauce Trump, Steve Bannon a fait ce pas. Un pas dont Marine Le Pen précisera ce dimanche les contours pour dire comment, et sur quelles bases, son parti rebaptisé peut demain nouer des alliances avec d'autres afin de rassembler cet électorat de la colère, et de dépasser les 10,6 millions de voix recueillies au second tour de la présidentielle. 

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Un renouveau idéologique

Aussi décalé soit-il par rapport aux réalités de la France, aussi contestable soit-il vu le bilan actuel de la présidence Trump et les agissements du président Américain, le discours de Steve Bannon contient des éléments de renouveau idéologique dont il ne faut surtout pas nier le possible impact dans les têtes et dans les urnes françaises. Le Front national, que beaucoup croient encore en France condamné à buter sur un «plafond de verre électoral», est loin d'être à terre et condamné à la défaite. A un peu plus d'un an an des élections européennes de mai 2019 au mode de scrutin idéal (proportionnelle à un tour), et alors que dans de nombreux pays de l'UE, la révolte anti-Bruxelles gronde toujours aussi fort, la remise en ordre de marche de son parti, entamé par Marine Le Pen dans ce fief électoral frontiste qu'est le nord de la France, doit donc être prise trés au sérieux.  


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