Le Royaume-Uni ne veut plus être pour les migrants «une terre de lait et de miel», a indiqué James Brokenshire, le secrétaire d’Etat à l’Immigration, en réponse à la crise qui envenime les relations entre Paris et Londres. Bernard Cazeneuve, le ministre de l’intérieur français, dans un entretien à La Croix, mardi 4 août, indique de son côté, avec de grandes précautions de langage, que le traité du Touquet, signé en 2003 par «l’un de ses prédécesseurs» – Nicolas Sarkozy – pour renforcer les contrôles des migrants au départ de la France, était «un accord un peu léonin, car il mettait beaucoup sur les épaules de la France et très peu sur celles des Britanniques».

C’est la raison pour laquelle le ministre multiplie les contacts avec les autorités anglaises «pour qu’elles s’impliquent davantage dans la gestion d’un problème qui les concerne tout autant que nous». Londres a ainsi annoncé qu’il allait réduire l’aide hebdomadaire de 50 euros aux migrants et sanctionner les propriétaires qui logent les clandestins.

L’une des rengaines actuelle au Royaume-Uni sur la crise des migrants à Calais consiste à répéter que le pays est trop généreux avec les demandeurs d’asile. Les tabloïds regorgent d’histoires d’hôtels «luxueux» pour les migrants ou détaillent à plaisir les aides sociales aux étrangers: à les en croire, c’est ce qui attirerait les migrants outre-Manche.

C’est largement un mythe. Les demandeurs d’asile sont effectivement logés, nourris, et reçoivent une aide sociale de 36 livres (50 euros) par semaine. Mais il s’agit de mesures comparables à ce qui existe ailleurs en Europe, dans la mesure où les migrants ont l’interdiction de travailler, il n’y a guère d’autre choix que d’apporter un minimum social à ceux dont le dossier d’asile est en cours d’évaluation.

«Incitations perverses»

Pourtant, le gouvernement britannique envisage de réduire l’accès à cette aide. Actuellement, ceux dont le dossier a été refusé la perdent automatiquement, sauf s’ils ont leurs enfants avec eux. Il s’agit de supprimer cette exception. «Ceux qui ont échoué à obtenir l’asile sont des immigrés clandestins, un point c’est tout, affirmait le 2 août James Brokenshire, le secrétaire d’Etat à l’Immigration. Le système ne doit pas offrir des incitations perverses qui encouragent les clandestins à déposer des dossiers de demande d’asile fallacieux.»

La deuxième mesure envisagée par Londres vise à sanctionner les propriétaires qui logent des clandestins. Une nouvelle loi doit être présentée au parlement à l’automne, et veut les forcer à contrôler eux-mêmes les papiers des locataires migrants. S’ils abritent des clandestins, et en cas de récidive, ils pourraient risquer jusqu’à cinq ans de prison. En échange, les propriétaires obtiendraient le droit d’expulser plus facilement les sans-papiers. S’ils logent un demandeur d’asile, ils devraient recevoir automatiquement du ministère de l’intérieur une alerte lorsque la demande est rejetée. Cette initiative s’inscrit dans la lignée d’un projet pilote lancé en août 2014 dans cinq municipalités des West Midlands, dans le centre de l’Angleterre, où les propriétaires doivent vérifier le statut de leurs locataires.

Il n’est pas certain que ces mesures suffisent à tarir le flot des migrants. Bernard Cazeneuve, lui, souhaite «apporter des solutions durables à une situation qui produit chaque jour son lot de tragédies et de drames humains, et non ajouter des difficultés aux difficultés». Le ministre de l’intérieur a balayé la proposition de Xavier Bertrand, le maire de Saint-Quentin (Les Républicains, Aisne) qui menaçait dans le Journal du Dimanche «de laisser partir» les migrants au Royaume-Uni si Londres ne s’investissait pas davantage.

«Désordres du monde»

Le ministre a estimé dans La Croix que laisser passer les migrants sans autre formalité engendrerait «une détérioration très forte de la relation franco-britannique dans un contexte où la coopération entre les pays de l’Union européenne est indispensable pour régler un problème de dimension mondiale». Ce serait en outre «un curieux signal envoyé aux acteurs de la criminalité organisée et de la traite des êtres humains».

Le volet policier du contrôle aux frontières a été renforcé: 15 millions d’euros ont été investis dans la sécurisation du port de Calais, 10 millions dans celle du tunnel, et la coopération des deux côtés de la Manche aurait abouti au démantèlement de 17 filières depuis le début de l’année, soit quatre fois plus qu’en 2014. Mais «il est totalement illusoire de penser que nous allons résoudre un drame humanitaire, qui résulte des désordres du monde, avec des mesures de sécurité, indique Bernard Cazeneuve. La résolution de cette crise doit être globale». Il entend organiser avec ses homologues anglais, espagnol, italien, allemand et avec le commissaire européen aux migrations une visite commune au Niger, «de manière à engager le travail avec les pays de provenance».