Panne technique fatale? Tir de missile hostile? Attentat kamikaze? Explosion d’une bombe posée à bord par des complices infiltrés au sein de la compagnie EgyptAir ou de l’aéroport Charles-de-Gaulle? Tous les scénarios sont sur la table à l’heure d’écrire ces lignes, pour expliquer la disparition du vol MS804, vers 2h39 du matin au large de l’île grecque de Karpathos, avec 66 personnes à bord.

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L’Airbus A320 d’EgyptAir assurant la liaison Paris-Le Caire avait décollé de Roissy à 23h09. Il venait d’entrer, au moment où les radars ont perdu sa trace, dans l’espace aérien égyptien et devait atterrir moins d’une heure plus tard. La piste terroriste, évoquée dès l’annonce de cette nouvelle catastrophe, semblait, jeudi soir, la plus sérieuse. Une hypothèse glaçante pour l’Egypte, après l’avion russe A321 abattu dans le Sinaï en novembre dernier (224 morts), et un scénario très inquiétant pour la France, qui doit accueillir l’Eurofoot à partir du 10 juin, six mois après les tragiques attentats du 13 novembre 2015.

Que peut-on dire à ce stade?

Il était encore trop tôt, jeudi soir, pour valider l’une ou l’autre piste. Les autorités égyptiennes ont d’ailleurs plusieurs fois répété, au cours de la journée, qu’elles n’excluaient «ni l’acte terroriste, ni l’incident technique», préférant utiliser le terme «d’avion disparu». Le ministre des Transports a néanmoins avoué, lui, que la piste terroriste lui paraissait, en fin de journée, «comme la plus probable».

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On sait que l’Egypte comme la France, d’où l’avion avait décollé, sont des cibles prioritaires pour les islamistes radicaux, à commencer par l’Etat islamique. Côté égyptien, la junte militaire du maréchal Sissi, au pouvoir depuis juillet 2013, est vouée aux gémonies par les islamistes depuis qu’elle a renversé le président élu issu des Frères musulmans, Mohamed Morsi, et qu’elle a condamné à mort plus de 500 de leurs militants. Côté français, les attentats de janvier et novembre 2015 (160 morts) sont dans toutes les mémoires. Le vol EgyptAir, de ce point de vue, constituait une cible presque idéale pour des fanatiques résolus à prouver aux autorités des deux pays qu’elles restent vulnérables. Trois officiers de sécurité égyptiens, chargés de repérer d’éventuels passagers suspects, se trouvaient d’ailleurs à bord de l’appareil qui, avant de rejoindre Paris, avait relié dans la journée Asmara, capitale de l’Erythrée, puis Tunis. Deux escales lors desquelles des explosifs peuvent également avoir été installés à bord. Aucune revendication n’avait été effectuée à l’heure d’écrire ces lignes.

La piste de l’accident de cet avion mis en service en 2003 reste néanmoins prise en compte. Avant de s’abîmer en mer, l’avion aurait effectué deux virages brutaux. Le point le plus troublant est toutefois l’absence de SOS lancé par les pilotes. En cas de problème technique, des procédures d’urgence sont activées. Comme toujours en pareil cas, la récupération des deux boîtes noires sera la priorité des recherches internationales entreprises hier.

Est-il possible que des terroristes aient placé une bombe dans l’Airbus 
au départ de Paris?

La réponse est oui, d’où l’ouverture d’une enquête préliminaire par le parquet de Paris. Enquête confiée non aux magistrats antiterroristes, mais à la direction de la gendarmerie.

Si l’attentat a été fomenté et mené depuis Paris, cela prouve à coup sûr que les terroristes ont bénéficié de complicités au sein du personnel de l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, ou au sein des sociétés sous-traitantes. Jusque-là, le renforcement de la sécurité a en effet consisté, dans les différents terminaux, à multiplier les patrouilles de militaires dans le cadre de l’opération «Sentinelle», et à déployer en permanence une équipe de 400 CRS, aidés d’une équipe cynophile. Quatre véhicules légers blindés ont par exemple été positionnés autour des pistes de Charles-de-Gaulle depuis les attentats bruxellois du 22 mars, et la surveillance a été renforcée à la gare SNCF du terminal 2, et à l’arrivée des trains RER de banlieue.

Problème: cette surveillance accrue et visible a surtout pour but de déceler les passagers suspects, pour empêcher un attentat kamikaze ou une attaque meurtrière dans l’un des halls d’embarquement. Un clip vidéo a même été diffusé en février par le gouvernement. La sécurité interne de l’aéroport est, elle, un tout autre sujet où le point crucial est le personnel actif dans les enceintes sécurisées, surtout au niveau des bagagistes et du transfert de cargaison au sein des avions stationnés sur le tarmac.

Réseaux islamistes à l’aéroport Charles-de-Gaulle?

On se souvient de l’émoi causé, après l’attentat contre l’aéroport de Bruxelles le 22 mars, par la découverte de connexions islamistes au sein du personnel chargé de convoyer les bagages en soute. Vincent Gilles, le responsable d’un syndicat de policier belge, avait même accusé la société Brussels Airport Company d’avoir pratiqué «une politique discriminatoire d’embauche», privilégiant les personnels de confession musulmane. On se souvient aussi qu’à l’aéroport de Genève-Cointrin, des accusations similaires ont fait surface, révélées par Le Temps. Quid de Paris? Les dernières informations disponibles en la matière sont préoccupantes. Fin novembre 2015, des perquisitions administratives réalisées dans le cadre de l’état d’urgence (en vigueur depuis la nuit du 13 novembre et prorogé hier pour trois mois) ont permis de confirmer la présence de plusieurs individus fichés S (soupçonnés d’être radicalisés) parmi les employés en possession de badges d’accès aux pistes. Important: aucune interpellation n’avait toutefois suivi.

L’événement le plus grave est en fait survenu sur la plateforme parisienne en octobre 2005, lorsque les forces de l’ordre ont arrêté 22 bagagistes. Là aussi, le recrutement «quasi exclusif» d’employés d’origine algérienne de confession musulmane avait été signalé. Le Figaro avait à l’époque publié une longue enquête, affirmant: «On y retrouve des personnages sulfureux connus pour leur activité intégriste et leur appartenance aux Frères musulmans.»

Que peut-on attendre 
en France?

Tout dépend du scénario. La France sait qu’elle reste visée, mais si l’avion d’EgyptAir a été abattu par un missile, cela n’a rien à voir avec la pose d’une bombe. A l’inverse, si elle devait être prouvée, l’infiltration de terroristes à Roissy enclencherait une crise majeure. A dix jours du match d’ouverture de l’Eurofoot, le gouvernement – aux prises avec une contestation sociale croissante – se retrouverait dans une position très compliquée. Il est bien sûr impossible d’éradiquer complètement, en quelques mois, les filières islamistes radicales et les failles dans les services de sécurité sont toujours possibles. N’empêche: l’impact d’une telle opération terroriste, commise alors que le pays est sous état d’urgence, serait énorme.