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Emmanuel Macron lors de son arrivée à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie, le 3 mai 2018.
© LUDOVIC MARIN / AFP PHOTO

Diplomatie 

«France is back», principal agenda diplomatique

L’attractivité politique et économique de l’Hexagone est aujourd’hui incontestable. Mais la diplomatie macronienne reste bredouille côté résultats tangibles

L’ambassadeur asiatique qui nous parle est porteur d’un message. Son premier ministre, un général putschiste, désespère d’obtenir un rendez-vous avec Emmanuel Macron à la fin juin. L’hypothèse de contrats mirifiques est avancée. La nécessité, pour la France, de «trouver des alliés face à la Chine» dans cet Extrême-Orient prospère et compliqué est évoquée. En vain. L’Elysée reste sourd à la demande, au nom des sanctions européennes en cours contre son régime. Pourquoi insister, alors? «Parce que cette photo avec Macron, tout le monde la veut, sourit le diplomate, pas dupe. Il est l’unique dirigeant occidental à sortir aujourd’hui du lot avec Trump. Il apparaît comme l’espoir de l’Europe. La France de Macron est glamour, attractive. Bref, séduisante.»

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Notre interlocuteur en fait-il trop? Pas sûr. Rendez-vous au Grimaldi Forum, à Monaco. Le forum Paix et Sport y avait convié en décembre le Prix Nobel de la paix bangladais 2006, Muhammad Yunus. Rapide aparté avec le fondateur de la Grameen Bank, «gourou» du microcrédit: «Emmanuel Macron est le nouveau Barack Obama, nous explique-t-il. Sa réussite politique est un modèle.» Deux jours plus tôt, Muhammad Yunus était à Paris, au One Planet Summit, afin de relancer – après le retrait des Etats-Unis – la coalition internationale contre le réchauffement climatique qui menace le Bangladesh, cerné par les eaux. «Le slogan «France is back» correspond à la réalité, poursuit-il. Entre une Amérique impérialiste devenue protectionniste, et une Union européenne divisée, la diplomatie française regagne du terrain.»

Diplomatie télévisuelle

L’année 1 du quinquennat, côté kilométrique, est il est vrai impressionnante. Sitôt bouclée sa visite d’Etat aux Etats-Unis, le jeune chef de l’Etat français s’est rué à l’autre bout du monde, en Australie et en Nouvelle-Calédonie, où il se trouve cette fin de semaine. Avec son déplacement en Russie, du 24 au 26 mai, Emmanuel Macron aura, en douze mois, rendu visite à tous les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU. Avec carton plein médiatique en Chine, en Inde et à Washington. Diplomatie télévisuelle? Le chercheur Pascal Boniface, pourtant critique sur le bilan présidentiel, nuance: «Etre envié est un atout en géopolitique. Dans un premier temps, cela donne l’avantage.» Avis partagé par Karim El Aynaoui, directeur de l’OCP Policy Center, l’un des premiers think tanks marocains: «Entendre les Anglo-Saxons admettre «France is back», ce n’est pas rien. Formuler un vibrant plaidoyer européen à Athènes, devant l’Acropole, comme Macron l’a fait en septembre 2017, cela marque les esprits. En outre, la dynamique de son élection, son énergie, sa volonté, sa compréhension juste des aspirations des jeunes résonnent trés fortement en Afrique où il suscite beaucoup d'attentes.»

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Quels succès? Quelle moisson diplomatique pour ce président qui, avant l’été, s’apprête à nommer sa première fournée d’ambassadeurs? C’est là que le bât blesse. François Hollande, aussi controversé soit-il, avait engrangé les contrats, s’appuyant sur son ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, déplacé au Quai d’Orsay depuis mai 2017. L’Egypte, l’Inde, le Qatar ont acheté sous son quinquennat l’avion de guerre Rafale. L’Australie a signé pour douze sous-marins. Emmanuel Macron, lui, n’a pas encore ramené de commandes mirifiques, malgré quelques milliards d’euros promis en mars par New Delhi. L’attrait qu’il exerce sur les patrons internationaux – qu’il a invités fin janvier à Versailles avant de se faire acclamer à Davos – est en revanche évidente. «L’effet «tête de gondole» est incontestable, reconnaît un diplomate français, à ses côtés ces jours-ci en Océanie. Mais il est clair que sur la Syrie, sur l’Iran, sur l’influence russe en Europe, sur la réforme de la zone euro, sur la confrontation commerciale avec la Chine, nous entrons maintenant dans le vif du sujet.»

Epine stratégique

A court terme, l’épine stratégique de ce début de quinquennat pourrait intervenir en Afrique. Le Mali, où François Hollande a dépêché l’armée en janvier 2013, élira son nouveau président le 29 juillet. Or la situation sécuritaire ne cesse de s’y dégrader. Le chef de l’Etat sortant, Ibrahim Boubacar Keïta, y est miné par la corruption de son entourage. Plus grave: la force du G5 Sahel – mise en place par la France avec ses alliés africains de la région pour contrer les groupes terroristes – patine et peine à s’imposer.

Or qui dit Afrique dit pré carré, décision rapide, mort de soldats, coopération européenne compliquée. Après avoir tenu sa parole de répondre par des frappes aériennes en Syrie en cas d’utilisation d’armes chimiques, et gagné l’apparente confiance militaire de Trump, le locataire de l’Elysée saura-t-il être aussi un «président en treillis»? Osera-t-il, s’il le faut, se dissocier franchement des Etats-Unis sur l’accord nucléaire iranien? «Jusque-là, Macron a joué avec succès les entremetteurs, par exemple avec l’Arabie saoudite à propos du Liban et de son premier ministre Saad Hariri, poursuit notre ambassadeur français. Il a, d’emblée, répliqué à Poutine. Il s’est employé à rassurer financièrement Merkel, et maintient un bon contact avec Londres. Bref, on a posé les fondations.» A l’international, la maison Macron reste à construire.

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