Jean-Pierre Jouyet «superstar»: mercredi, dans le parc des expositions de Lille Grand Palais, le secrétaire d'Etat aux Affaires européennes de Nicolas Sarkozy a confirmé qu'il serait bien l'homme clé de la future présidence française de l'Union européenne (UE).

Confié par son ministère à l'agence de pub Euro RSCG, le premier «Rendez-vous des Européens» a donné un avant-goût du second semestre 2008: culture, Internet, éducation, valeurs... Autant d'ateliers animés par des universitaires, des intellectuels et des parlementaires européens pour faire oublier le «bug» que fut le non cinglant au référendum sur la Constitution européenne du 29 mai 2005. «Une chose ne manquera pas à cette présidence française: du strass et des paillettes», ironisait récemment le président de la Fondation Robert Schuman, Jean-Dominique Giuliani. Sur le modèle de Lille, deux autres conventions se tiendront à Marseille et à Nantes avant le 1er juillet. Plus de 400 événements publics sont ensuite prévus à travers l'Hexagone. Le budget prévisionnel de cette présidence semestrielle est de 190 millions d'euros, comparable à celui de la présidence allemande de 2007.

Redonner confiance

Pour Jean-Pierre Jouyet, ancien directeur adjoint de cabinet de Lionel Jospin et aujourd'hui ministre «d'ouverture», l'ambition est claire: «Je suis là pour servir l'Europe et la cause européenne. La France doit redonner confiance», a répété cet ex-collaborateur de Jacques Delors que ses proches donnent partant après la présidence française de l'UE (voir ci-dessous). A Lille, la mécanique imaginée par ses services est toutefois apparue en rodage: tombé «d'en haut», sans véritable concertation avec les élus et responsables nordistes - l'absence de la maire socialiste de Lille, Martine Aubry, a été remarquée - ce «Rendez-vous des Européens» a été plus médiatisé que populaire. Etudiants et retraités s'y partageaient surtout les travées: «Ce type de formation permanente sur l'Europe tourne un peu à vide», déplorait, déçu, un des jeunes blogueurs du site internet Cafébabel.com.

Réunion sur la pauvreté

Point positif pour Jean-Pierre Jouyet et son équipe: faire souffler sur la capitale des Flandres un air de Bruxelles a permis de remettre la France sur les rails d'idées nouvelles pour les Vingt-Sept. Le haut-commissaire aux Solidarités, Martin Hirsch, a dévoilé à Lille son intention d'organiser une réunion ministérielle sur la pauvreté en Europe, qui touche 16% de la population.

L'eurodéputé polonais francophile Bronislaw Geremek a pour sa part appelé de ses vœux un programme Erasmus destiné aux employés, qui permettrait à ces derniers de passer une année sabbatique dans un autre pays européen: «La notion de citoyen européen ne peut pas résulter seulement d'un catalogue de droits et de libertés fondamentales», a expliqué l'ancien dissident, donné comme candidat possible pour la présidence de l'Europarlement après les élections de 2009. Plus de 1,5 million d'étudiants ont bénéficié des bourses Erasmus depuis leur lancement en 1987.

«Bruxelles regarde du côté de Paris, juge un assistant parlementaire d'une eurodéputée française. Beaucoup se disent, sans l'avouer, que la France peut faire un peu bouger le cocotier.» Une remarque tempérée par l'ancien premier ministre Michel Rocard pour qui «l'ennemi numéro un de l'Europe sont les gouvernements». Et par le spectre d'une victoire du non lors du référendum irlandais sur le Traité de Lisbonne, le 12 juin prochain: «Le processus s'arrêterait alors. Comme en 2005. Nous n'avons aucun plan B», a asséné Jean-Pierre Jouyet.