Chaque année, entre 80 et 90 futurs hauts fonctionnaires français sortent diplômés de l’Ecole nationale d’administration (ENA). Une pépinière de talents publics dominée par ceux qui sortent dans la «botte», à savoir les premiers du classement, appelés à rejoindre les quatre «grands corps» les plus prestigieux de la haute administration hexagonale: l’Inspection des finances (comme Emmanuel Macron, Alain Juppé ou Michel Rocard), le Conseil d’Etat (comme l’ancien premier ministre Edouard Philippe), la Cour des comptes (comme Jacques Chirac ou François Hollande) ou le Ministère des affaires étrangères (comme Bruno Le Maire ou Dominique de Villepin). Une «élite dans l’élite» dont le recrutement, depuis la création de l’école en 1945 pour reconstruire le sommet de l’Etat français, est devenu terriblement endogame et socialement inégal: un étudiant de l’ENA seulement en 2019 avait des parents ouvriers, 70% venaient de familles exerçant des professions intellectuelles, avec une prépondérance marquée des catégories sociales les plus aisées et de la région parisienne.

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