Europe

France: l’UMP ne fera pas barrage au Front national

En cas de duels au second tour des législatives dimanche prochain, le parti de droite choisit de ne soutenir ni les candidats frontistes, ni ceux de gauche

«Ni Front national, ni front républicain.» Au lendemain du premier tour des législatives, l’UMP a arrêté cette position pour le second tour. Elle s’appliquera dans deux cas de figure, qui se poseront aux électeurs dimanche prochain: avant tout les duels opposant un candidat socialiste à un frontiste, mais également les triangulaires entre un candidat de gauche, un autre du Front national et un troisième de l’UMP. En tout, 61 circonscriptions sur 577 sont concernées. Le FN sera présent dans 29 duels, 20 face à la gauche, 9 contre l’UMP.

Au terme d’un long bureau politique extraordinaire, l’UMP a décidé de ne pas choisir entre la gauche et le Front national, laissant la liberté à ses électeurs. En cas de bataille PS/FN, le parti conservateur ne fera pas barrage à l’extrême droite en appelant au vote républicain: «Il n’est pas question de voter pour le candidat du Front national, mais il n’est pas question non plus de voter pour le candidat du PS, qui s’est allié avec l’extrême gauche de Jean-Luc Mélenchon», a expliqué Jean-François Copé, le patron de l’UMP. Cet argument sera la nouvelle antienne du parti, qui renvoie désormais dos à dos les deux Fronts, dans un «souci de cohérence vis-à-vis des mêmes extrémistes et populistes». Car, estime le maire de Meaux, «le Front de gauche n’a rien à envier au Front national».

En cas de triangulaires, «nous demandons à la totalité de nos candidats UMP de se maintenir», ajoute le dirigeant. Pour essayer de rallier à la droite classique les électeurs du Front national, Jean-François Copé utilise la même argumentation que durant l’entre-deux-tours de la présidentielle: «Nous recevons cinq sur cinq leur ras-le-bol, leur exaspération et leur préoccupation. Mais dans certaines circonscriptions, en cas de triangulaires, voter FN au second tour fera passer la gauche, c’est l’inverse de ce que veulent ces électeurs.»

Une circonscription ou deux devraient faire exception. A Arles, dans les Bouches-du-Rhône, le candidat UMP, Roland Chassain, arrivé troisième, envisage de se désister pour augmenter les chances de succès de la candidate frontiste, Valérie Laupies, arrivée seconde avec 29% des voix, contre 38,6% au socialiste Michel Vauzelle. Dans le Gard, l’avocat Gilbert Collard, rallié au FN et arrivé en tête dans sa circonscription, appelle le candidat UMP arrivé troisième à faire de même. Commentaire de Jean-François Copé: «Je condamne cette position, mais il ne s’agit que d’un cas. Ne nous arrêtons pas à cela.» Hier soir, aucun ténor du parti n’a envoyé de message contraire à celui-ci. L’ex-ministre Nadine Morano, en danger dans son fief de Meurthe-et-Moselle, a même ouvertement appelé les électeurs bleu Marine à se reporter sur elle au nom des «valeurs communes» que les uns et les autres défendent.

Marine Le Pen ne partage absolument pas cet argument. Là où les candidats frontistes sont éliminés, la patronne du parti donne une «liberté totale» de vote à ses électeurs, qu’elle appelle à se «surmobiliser» pour faire entrer des députés à l’Assemblée nationale. Marine Le Pen a réservé un sort tout particulier aux dirigeants de l’UMP, qui l’ont ouvertement combattue et ont eu «un comportement méprisant, haineux ou insultant» envers ses partisans. Dans son viseur, l’ancienne porte-parole de Nicolas Sarkozy, Nathalie Kosciusko-Morizet. Elle appelle à voter socialiste pour la faire tomber. Idem pour l’ancien ministre Xavier Bertrand. Marine Le Pen exhorte aussi les siens à faire battre plusieurs élus dont la moralité a été mise en cause dans diverses affaires, qu’ils soient de droite, comme l’ancien ministre Georges Tron, ou de gauche, comme François Pupponi, le député-maire de Sarcelles.

Enfin au PS, Martine Aubry a défendu une position inverse à celle de l’UMP pour faire «barrage» à l’extrême droite. Lors des duels UMP/FN, elle appelle à voter pour le candidat républicain. Dans les triangulaires où le candidat de gauche est mal placé, elle lui demande de se retirer pour favoriser l’élection de la droite traditionnelle. Elle a en vain exhorté l’UMP à faire de même, notamment pour barrer la route à Marine Le Pen.

Là où les candidats frontistes sont éliminés, la patronne du parti laisse une «liberté totale» de vote

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