Imposer le masque aujourd’hui pour ne pas devoir reconfiner demain: telle est la nouvelle approche du gouvernement français face à la deuxième vague de Covid-19, redoutée depuis le printemps et que le Conseil scientifique mis en place par Emmanuel Macron juge «hautement probable» à l’automne ou cet hiver. «Le virus circule de façon plus active, écrivent les scientifiques dans un avis du 27 juillet rendu public le 2 août, avec une perte accentuée des mesures de distanciation et des mesures barrières.» Ils demandent d’ailleurs aux 20 plus grandes villes de France de réfléchir à de possibles confinements locaux à la rentrée.

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En baisse permanente depuis le mois d’avril, le nombre de malades en réanimation, sans être catastrophique, est reparti à la hausse: 371 lundi, 384 mardi, tandis que le nombre de décès oscille entre 10 et 30 par jour. Le chef du gouvernement et le président de la République, toujours tétanisés par la crainte de ne pas en faire assez, se relaient pour tirer le signal d’alarme: il faut «protéger contre ce virus sans faire arrêter la vie économique et sociale, en évitant la perspective d’un reconfinement généralisé», explique Jean Castex. «Il faut être vigilant», car «le virus tourne», déclare Emmanuel Macron.

Pas sur tout le territoire

Obligatoire depuis juin dans les transports, les lieux de culte et les salles de spectacle, le port du masque l’est aussi depuis le 20 juillet dans tous les «lieux publics clos», notamment les commerces. Et il l’est désormais à l’extérieur dans plus de 300 communes. Une obligation générale sur l’ensemble du territoire imposée d’en haut semble exclue mais, dans de nombreuses communes, les maires tout juste élus ou réélus répondent à une demande de leurs administrés.

A Nice, Biarritz, Le Touquet, La Rochelle ou Saint-Malo, ainsi que dans un grand nombre de communes balnéaires de Bretagne ou de Normandie, peu touchées par la première vague, le masque est obligatoire sur le bord de mer et dans les rues commerçantes où l’on se bouscule l’été. Dans des grandes villes comme Toulouse, Tours ou Orléans, il l’est sur le bord des fleuves, où des groupes de jeunes se retrouvent les soirs d’été, ou dans les centres-villes comme ceux de Lille ou de Strasbourg. L’obligation est aussi de mise sur les marchés découverts à Annecy, Evian, Thonon, Annemasse ou Chamonix.

A Paris, le préfet de police devrait donner suite à la demande de la maire de la capitale, Anne Hidalgo, qui souhaite que l’on porte le masque dans les rues commerçantes, le long des quais de Seine et dans les parcs et jardins. Dans la capitale, les tests effectués (non sans mal, faute de moyens suffisants) font apparaître un nombre de personnes positives cinq fois supérieur à ce qu’il était fin juin.

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En Mayenne, département de 305 000 habitants à l’ouest de la France, le masque est obligatoire en plein air dans 69 communes sur 242. C’est valable pour le chef-lieu, Laval (55 000 habitants), mais aussi pour des communes de seulement 3000 ou 5000 habitants. Depuis le début de l’été, la Mayenne est, avec la Guyane, le département français le plus touché, avec des foyers d’infection dans des entreprises, des structures médicosociales ou des abattoirs.

Injonctions contradictoires

L’obligation de porter un masque, si elle réjouit ceux qui ont peur du virus, fait grogner une partie de la population, car, au début de la pandémie, les plus hautes autorités de l’Etat assuraient qu’il ne fallait «surtout pas» en porter. Et pour cause: il y avait pénurie. Cinq mois plus tard, il en coûte 135 euros de ne pas respecter l’obligation. Pourtant, sans doute parce qu’il y a eu entre ces deux dates près de 30 300 morts, la France n’a pas connu de manifestations anti-masque. Seulement un peu de perplexité devant des injonctions contradictoires des politiques et des scientifiques. La dernière en date: alors que la dramatisation est sensible, le Ministère de la culture vient d’autoriser les spectacles de plus de 5000 personnes à reprendre dès le 15 août, à condition de respecter les fameux gestes barrières.