Pesticides

En France, les mesures proposées contre les pesticides ne satisfont personne

Le gouvernement français propose d'instaurer une distance minimale de 5 à 10 mètres, selon le type de culture, entre les habitations et les zones d'épandage de produits phytosanitaires. Les écologistes évoquent une décision anecdotique, les agriculteurs craignent la perte de terres agricoles

«Le gouvernement va soumettre à consultation lundi un projet de décret qui part des recommandations scientifiques de l'Agence nationale de sécurité sanitaire» (Anses), a indiqué samedi à l'AFP un porte-parole du ministère de l'Agriculture, confirmant une information de BFM TV. Les distances proposées dans ce projet seront de 5 mètres pour les cultures dites basses comme les légumes et de 10 mètres pour les cultures hautes, telles que les céréales. Les recommandations publiées fin juin par l'Anses évoquent notamment des distances de sécurité de 3, 5 et 10 mètres, selon le type de culture.

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Décision finale en octobre ou novembre

La consultation durera 3 semaines. «Le gouvernement tranchera en octobre-novembre», a complété le porte-parole. «Dans la loi Egalim, il y a des dispositions spécifiques pour la protection des riverains via la mise en place de chartes concertées avec les riverains, les agriculteurs», a rappelé de son côté Matignon. Ces règles concernant l'élaboration de chartes et de distances minimales à respecter pour l'épandage des pesticides «vont figurer dans des textes qui entreront en application au 1er janvier 2020», a ajouté Matignon.

Des maires de tous bords politiques ont multiplié récemment des arrêtés anti-pesticides un peu partout en France après la suspension très médiatisée de celui du maire de Langouët en Bretagne, Daniel Cueff. Ce dernier a pris le 18 mai un arrêté interdisant l'utilisation de produits phytopharmaceutiques «à une distance inférieure à 150 mètres de toute parcelle cadastrale comprenant un bâtiment à usage d'habitation ou professionnel». Ce texte a été suspendu le mardi 27 août par le tribunal administratif de Rennes.

Distance trop faible pour les écologistes

Les distances retenues par le gouvernement français font bondir les écologistes. David Cormand, secrétaire national d'Europe Ecologie Les Verts, évoque une décision au «caractère historique»: «c'est la première fois que l'Etat admet qu'il y a un danger grave pour les gens» après l'épandage. Mais «le problème, c'est le côté anecdotique de la décision qu'ils en tirent», a-t-il déclaré à BFMTV. «La distance est trop petite si vous avez du vent... c'est pas 5 mètres qui vont protéger», a-t-il ajouté. «Les mesures proposées sont vraiment insuffisantes au vu de ce que dit l'Anses, au vu des études scientifiques», a abondé auprès de l'AFP Thibault Leroux, chargé de mission agriculture à France Nature Environnement (FNE).

«Je n'y crois pas, je pense que c'est un poisson d'avril», a déploré auprès de BFMTV le photographe Yann Arthus-Bertrand, fondateur et président de la fondation Good Planet. «C'est insultant pour les gens qui se battent depuis si longtemps contre les pesticides».

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Les agriculteurs craignent un manque à gagner

En revanche, la mise en place de zones de non-traitement est une mauvaise nouvelle pour le syndicat agricole FNSEA. «Ce sont des retraits importants de terres agricoles, ce qui représente un manque à gagner très important surtout dans les zones péri-urbaines», a commenté auprès de l'AFP Christian Durlin, vice-président de la commission environnement à la FNSEA. «Nous pensons qu'il faut surtout se baser sur d'autres alternatives», a-t-il ajouté, précisant que le syndicat souhaitait voir le développement de chartes locales entre parties prenantes.

«Il y aura des zones de non-traitement mises en place là où il n'y a pas de charte de riverains», avait précisé mercredi le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume.

 

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