France

En France, des ministres pris au piège de la réalité

Le rejet initial par le gouvernement d’une proposition de loi allongeant les congés parentaux lors du décès d’un enfant mineur relance l’accusation sur un exécutif «hors sol». Alors que la ministre de la Justice est empêtrée dans une polémique sur l’islam…

Toutes deux étaient supposées incarner le professionnalisme au sein du gouvernement français. Muriel Pénicaud, ministre du Travail, est une experte en ressources humaines qui dirigea le personnel du géant Danone. Nicolas Belloubet, ministre de la Justice, incarne, comme professeure de droit et ex-membre du Conseil constitutionnel, l’autorité de l’Etat et la force de la loi. Problème: ces deux sexagénaires, recrutées par Emmanuel Macron après son élection à la présidence, se retrouvent aujourd’hui accusées d’être déconnectées des réalités dans deux affaires distinctes. Une accusation emblématique des problèmes de prise en compte des «réalités» françaises par le gouvernement, alors que s’est ouvert lundi à l’Assemblée nationale le débat sur le projet controversé de réforme des retraites, dont l’adoption se fera en procédure accélérée, pour contourner l’obstruction de l’opposition avec quelque 20 000 amendements déposés.

Un manque d'«attractivité» 

Le boulet de Muriel Pénicaud est social et familial. Consultée sur une proposition de loi visant à augmenter la durée du congé parental en cas de décès d’un enfant mineur (de cinq à douze jours contre trois jours en Suisse), la ministre du Travail s’y était opposée, amenant les députés de la majorité présidentielle à rejeter le texte jeudi 30 janvier. Motif: le difficile financement d’un tel congé, source selon elle de nouvelles charges pour les entreprises à l’heure où le gouvernement promeut «l’attractivité» de la France pour les investisseurs. Une bronca politique et médiatique a aussitôt suivi, conduisant Emmanuel Macron lui-même à contredire sa ministre et le patronat à soutenir la mesure. Le texte en question sera donc finalement revoté et à coup sûr adopté. A charge pour la Sécurité sociale de trouver son financement. Bel exemple de cafouillage de la part d’une responsable souvent clouée au pilori par les syndicats pour son peu d’empressement à négocier.