«Millon, démission», «Bras levé, main tendue», «La jeunesse emm…. Le Pen», «Veni, Vidi, Vichy»: l'imagination était mobilisée aussi, samedi, dans les rues de 22 villes de France (dont Paris) contre Jean-Marie le Pen. Dans la capitale, entre République et Nation, ils étaient entre 20 000 et 40 000 à crier, sous un soleil printanier, leur rejet du Front national et leur dégoût des arrangements passés entre la droite modérée et le FN pour les cantonales et les présidences de régions. Ambiance détendue et bon enfant, propre à tant de ces manifestations qui, jour après jour, parcourent les rues de la capitale.

En tête de ce cortège bruyant et joyeux: des hommes de gauche. Le communiste Robert Hue tenait le bras du socialiste François Hollande. On reconnaissait là le Vert Jean-Luc Bennhamias, le radical de gauche Jean-Michel Baylet, et Georges Sarre, pour le Mouvement des citoyens. Sans parler de l'inévitable Emmanuel Krivine, pour la Ligue marxiste révolutionnaire, qui est de tous les coups. Mais pas un seul membre du gouvernement, conformément aux consignes passées par Lionel Jospin. Le ton était donné: malgré les efforts des organisateurs de la manif – une quarantaine d'organisations antiracistes – pour y convier des hommes et des femmes de droite, à qui des espaces «neutres» avaient été aménagés dans le cortège, la gauche, dans l'ensemble, s'est retrouvée seule, avec nombre de jeunes sans appartenance, souvent persifleurs pour l'encadrement partisan.

On aurait pu rêver, à Paris, d'un grand sursaut symbolique de l'opinion, tous courants confondus, contre les avancées du FN. Il n'en a rien été. Tout s'est passé dans la capitale comme si on y était moins nettement mobilisé qu'en province, à la différence de Lyon ou de Montpellier, autrement concernées par les compromissions des élus de la droite.

Tout autre était l'ambiance, sinon la mobilisation, à Lyon et à Montpellier, où les présidents UDF élus à la présidence (Charles Millon et Jacques Blanc) l'ont été grâce aux voix du FN mais refusent, pour l'heure, de démissionner. Position peu confortable à tenir: pour avoir nommé des adjoints avant l'élection des vice-présidents de région, Charles Millon est traîné par les partis de gauche devant le Tribunal administratif. C'est un des premiers signes annonciateurs d'une présidence ingérable dans les mois qui viennent.