RÉCIT DU SAMEDI

«France, ta police fout le camp!»

Assommés. Epuisés. Déboussolés. En première ligne contre le terrorisme islamiste, face auquel la tuerie de la préfecture de police de Paris vient de nouveau d’illustrer leur vulnérabilité, policiers et gendarmes français oscillent entre accablement et colère. Inquiets de devenir, dans une République de plus en plus conflictuelle et communautarisée, de commodes boucs émissaires.

Bertrand Soubelet n’aime pas ce mot. Malaise? «Ce qui se passe au sein des forces de sécurité est bien plus grave, assène ce général de gendarmerie, ancien patron opérationnel des 100 000 gendarmes de France. Le cœur du problème, c’est cette boule au ventre avec laquelle nos gars partent en mission. Nous affrontons un niveau de violence dans le pays inconnu jusqu’ici. L’autorité est en permanence contestée. Chaque gendarme ou policier sait que, si son intervention tourne mal, sa hiérarchie risque de le lâcher. Et que l’opinion peut le lyncher».

La colère engendrée par la tuerie de la préfecture de police de Paris, commise le 3 octobre par un agent administratif de la direction du renseignement converti à l’islam et radicalisé, plane sur la conversation. Juste avant nous, dans ce même café proche de l’Ecole militaire, notre interlocuteur échangeait avec un ex-grand patron de l’armée française. Bilan identique: «La sécurité psychologique est indispensable à notre métier. Comment protéger une population lorsque l’on a, soi-même, le sentiment de ne plus être protégés?»