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Des membre de La République en marche! durant la soirée électorale, Paris, 18 juin 2017.
© FRANCOIS MORI

France

Quelle France politique après le séisme pro-Macron des législatives?

La France politique a perdu ses repères dimanche. Comment fonctionnera la nouvelle majorité absolue de députés de La République en marche? Comment Emmanuel Macron va-t-il présider? Y aura-t-il une opposition à l’Assemblée?

Depuis un an, la France politique vivait une sorte de tremblement de terre politique permanent. A chaque échéance, un pan de l’ancien système disparaissait. L’élection présidentielle d’Emmanuel Macron, le 7 mai, avait donné un top départ retentissant. Les législatives de ce dimanche, remportées sans coup férir par le nouveau parti présidentiel, ont constitué la dernière secousse en accouchant d’un paysage parlementaire complètement renouvelé.

■ Emmanuel Macron dispose-t-il aujourd’hui des moyens pour réformer profondément la France?

C’est incontestable. Le nouveau président français a réussi le plus beau coup de poker politique de l’histoire de la Ve République. Selon les chiffres du Ministère de l’intérieur ce lundi à 8h30, le parti présidentiel La République en marche! (LREM) obtient 308 sièges sur 577 en lice. Le MoDem, son allié centriste, emporte 42 sièges. Les Républicains (droite) compteront 113 députés, soit moitié moins que dans l’Assemblée sortante. L’UDI (centristes de droite) 18, les divers droite 6, le Parti socialiste 29 (il disposait de la majorité absolue sous le quinquennat Hollande), le PRG 3, les divers gauche 12, La France insoumise 17, les écologistes 1, le Parti communiste 10, le Front national 8, Debout la France 1 (celui de Nicolas Dupont-Aignan), les régionalistes 5 (avec, parmi eux, trois nationalistes corses).

En remportant nettement la majorité absolue à l’Assemblée nationale, LREM est donc devenu ce dimanche à la fois le premier parti de France (son congrès fondateur aura lieu en juillet), et l’instrument assuré du changement. Jugez plutôt: plus de 70% des élus LREM sont des nouveaux venus en politique. 223 femmes siégeront dans cette nouvelle assemblée contre 157 sous la législature précédente. La particularité des élus LREM est de tout devoir à Emmanuel Macron, dont la photo en format XXL ornait leurs affiches et leurs tracts. En clair, le président et son premier ministre Edouard Philippe (qui présentera sa démission ce lundi, pour être aussitôt reconduit), venu de la droite, ont devant eux une autoroute pour mettre en œuvre les changements qu’ils préconisent, dont la première étape sera la réforme promise du Code du travail, afin d’assurer une plus grande flexibilité du marché de l’emploi.

Emmanuel Macron a, en plus, l’avantage du calendrier. Il a deux ans sans élections devant lui, jusqu’aux européennes de juin 2019, puis aux municipales de 2020. Le nouveau locataire de l’Elysée peut en plus se targuer d’avoir bien réussi son examen de passage. Depuis un mois, sa popularité reste haute, à 45% de satisfaction. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un état de grâce, car les Français, on le sait, peuvent rapidement changer d’opinion. Mais le virage Macron est une réalité. Le paquebot France est maintenant capable d’emprunter un autre cap. Le moteur présidentiel tourne rond. Le gouvernail législatif répondra aux commandes de l’Elysée. L’abstention massive (56,6%) témoigne de l’inquiétude et de la colère d’une partie de la population dont il faudra impérativement tenir compte. 75% des 18-25 ans ont boudé les urnes, ce qui en dit long sur le fossé entre la démocratie représentative et cette classe d’âge, plus tentée par les mouvements citoyens. N’empêche: la voie du changement est ouverte.

■ Cette nouvelle Assemblée nationale sera-t-elle inféodée à l’Elysée?

Il y a deux manières de lire les résultats de ce second tour des législatives françaises. La première est arithmétique: le parti d’Emmanuel Macron a obtenu une majorité absolue plus que confortable, qui lui permet même de faire voter les lois sans son allié centriste du MoDem, le parti du ministre de la Justice François Bayrou. Ce n’est pas le tsunami de 420 à 460 sièges évoqué après le premier tour, mais c’est un feu vert parlementaire sans équivoque aux réformes promises.

Or, dans le système français, tout remonte immanquablement à l’Elysée. C’est au palais présidentiel que se décident les réformes. C’est de la présidence que partent les grandes impulsions et c’est là que se règlent les contentieux politiques majeurs. Résultat: Emmanuel Macron a bien les mains très libres. Cette assemblée, composée de parlementaires nouveaux qui se sont engagés en politique dans son sillage, ne devrait pas de sitôt accoucher d’une guerre de tranchées entre élus pro- et anti-gouvernement, comme cela fut le cas au sein du Parti socialiste sous le quinquennat écoulé de François Hollande. Son premier ministre Edouard Philippe pourra en plus compter sur des élus pro-Macron au sein du Parti socialiste et de la droite.

La seconde manière de lire ce résultat est politico-sociale. L’abstention d’une part, la désertion des urnes par les jeunes et le bon score de La France insoumise et du Front national d’autre part, confirment la radicalisation du paysage politique français. La prime à l’extrémisme existe et elle mine le climat politique hexagonal. Plus d’un Français sur deux n’est pas allé voter. Emmanuel Macron est le président d’un pays fracturé et il ne peut l’ignorer.


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■ Une opposition parlementaire existera-t-elle?

La bonne nouvelle démocratique de ce second tour est que la vague de La République en marche a finalement reflué. Le raz de marée reste évident. Mais avec près de 350 députés, le parti présidentiel est loin derrière la vague bleue de 1993 lorsque la droite avait, à la fin du quinquennat Mitterrand, remporté plus de 460 sièges. Avec plus de 130 députés, le pôle de droite constitué par Les Républicains et les centristes de l’UDI aura, malgré sa défaite très nette ce dimanche, les moyens de jouer son rôle d’opposition. Elle dispose de forces suffisantes pour saisir le Conseil constitutionnel, ou exiger un vote de défiance. En son sein, un bon tiers de députés sont Macron-compatibles. Mais le nouveau paysage politique français n’est pas aussi uniforme que les sondages le laissaient penser.

Du côté de la gauche, l’affaire est plus compliquée, car il faudra s’entendre. Le Parti socialiste n’est plus à genoux. Il est à terre à l’issue du quinquennat de François Hollande, plombé par les affrontements entre députés pro-gouvernement et «frondeurs». Avec 29 députés PS, et une quarantaine au total en comptant les divers gauche et l’unique député écologiste, la «gauche de gouvernement» n’aura guère les moyens de peser sur les débats. Un groupe parlementaire pourra être constitué, mais sans alliés, la saisine du Conseil constitutionnel sera impossible sans alliés (au moins 60 députés). En parallèle, le succès de La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, lui-même élu à Marseille, témoigne de la forte croissance d’un pôle contestataire, résolu à combattre l’agenda de réformes sociales d’Emmanuel Macron. Ce parti aura un groupe parlementaire à part entière, allié sans doute avec le Parti communiste. «Pas un mètre de protection sociale ne sera concédé au gouvernement», a tonné samedi soir Jean-Luc Mélenchon, dans une sorte de déclaration de guerre politique et d’appel à la combativité syndicale. Les forces de gauche vont-elles s’unir pour exister face au camp conservateur? Cette recomposition-là sera encore plus décisive. L’échec électoral de plusieurs anciens ministres, comme Marisol Touraine (Santé), Najat Vallaud-Belkacem (Education), Jean-Jacques Urvoas (Justice) et la démission immédiate du premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis vont imposer des changements drastiques. A priori, vu sa faible représentation parlementaire, l’opposition de gauche se jouera donc plutôt dans la rue…

Il est peu probable, en revanche, que la majorité LREM se fissure rapidement. Emmanuel Macron, comme Edouard Philippe, doit plutôt prendre garde aux embuscades parlementaires. Les députés expérimentés, à droite et parmi les rescapés de la gauche, chercheront sûrement à profiter de l’inexpérience parlementaire des jeunes «marcheurs».

■ Qui sont les principales victimes de ces législatives?

Les partis traditionnels ont subi une rude correction. Ils sont à terre et devront repenser leur avenir. Cela est particulièrement vrai à gauche, où le Parti socialiste se retrouve dans le pire état parlementaire depuis son historique défaite de 1993, à l’issue d’un quinquennat Mitterrand agonisant. Est-ce à dire qu’ils sont perdus? Pas sûr. Les revirements politiques sont fréquents. La droite, par exemple, peut miser sur son prochain réveil au fil des premiers mois du quinquennat Macron. Ces partis politiques ont, c’est évident, pris un énorme coup de vieux ces derniers jours. Mais ils gardent un ancrage territorial, des bastions locaux, des ressources humaines. Le grand problème, pour le PS, sera celui du financement, réduit à une peau de chagrin en raison de ses résultats électoraux. Est-ce pour autant la fin? Un peu de prudence s’impose.

L’autre victime de ces législatives est le Front national. Là, le mode de scrutin est logiquement incriminé. Si les Français votaient à la proportionnelle, le FN pourrait espérer une quarantaine de députés. Il n’en a cette fois que huit, mais sa présidente Marine Le Pen est enfin élue à Hénin-Beaumont, ce qui était décisif pour elle et pour son leadership au sein du parti d’extrême droite. La présidente du FN, qui avait réuni 10,6 millions de voix sur son nom au second tour de la présidentielle le 7 mai, peut en outre se féliciter de l’élection de plusieurs de ses proches, dont son compagnon Louis Aliot, élu à Perpignan. Le parti aura par ailleurs dans ses rangs, comme en 2012 avec Marion Maréchal-Le Pen (qui ne se représentait pas) le benjamin de l’Assemblée, Ludovic Pajot, 23 ans. La victoire tonitruante d’Emmanuel Macron n’a pas mis KO l’extrême droite. Le combat va continuer sur les sujets fétiches du FN, comme l’immigration ou l’Europe.

Consulter notre dossier consacré aux élections françaises.

Quels seront les premiers chantiers du gouvernement? Quel est l’agenda?

Le premier ministre Edouard Philippe devrait présenter ce lundi sa démission au président français, qui le reconduira dans ses fonctions. La première question portera donc sur la nouvelle composition du gouvernement. Remaniement ou pas? Verra-t-on, par exemple, le ministre controversé Richard Ferrand partir vers l’Assemblée nationale? On sait aussi qu’Emmanuel Macron a exprimé le désir de voir une femme au «perchoir», la présidence de l’Assemblée. Les députés LREM se retrouveront, eux, le week-end prochain pour un séminaire de rentrée. La rentrée parlementaire est prévue mardi 27 juin.

Les deux chantiers prioritaires du nouveau président sont identifiés. Une série de consultations avec les syndicats au sujet du projet de réforme du Code du travail, destinée à flexibiliser davantage le marché de l’emploi (la France compte près de cinq millions de chômeurs, toutes catégories confondues, soit près de 12% de la population active). Le gouvernement proposera à la majorité de l’habiliter à voter par ordonnances, avec dans le viseur l’entrée en vigueur des premières mesures à la fin septembre.

Le second chantier, pour ce président «jupitérien» que veut être Emmanuel Macron, portera sur la gouvernance de la zone euro et l’Union européenne, alors que les négociations entre la Commission européenne et le Royaume-Uni sur le Brexit démarrent ce lundi, sous l’égide du Français Michel Barnier. Ce jeudi, Emmanuel Macron assistera à son premier sommet européen à Bruxelles.

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