Une chose est sûre, une autre imprévisible. La première, c'est l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de l'UMP (le parti majoritaire). Appelés à se prononcer depuis le lundi 15 novembre et jusqu'à dimanche dernier, un peu plus de 70 000 militants de l'UMP (sur 130 000) ont participé au vote. Les résultats officiels ne sont pas proclamés. Mais aucun deuxième tour n'est prévu, car l'un des trois candidats a obtenu plus de 50% des voix. Il n'y a pas besoin de consulter sa boule de cristal pour savoir que le ministre des Finances est vainqueur.

Il prépare depuis plusieurs jours la célébration de sa prise de pouvoir. Elle aura lieu le dimanche 28 novembre au Bourget, dans la banlieue parisienne. On attend 15 000 à 20 000 militants, qui paieront chacun 20 euros pour participer à la fête. Nicolas Sarkozy démissionnera du gouvernement le lundi 29, mais il n'est pas certain que son remplaçant sera nommé immédiatement. Le président de la République préférera sans doute attendre quelques jours avant de décider de l'étendue du remaniement ministériel et du nom du nouveau ministre des Finances.

Car la politique française est suspendue à un autre processus électoral: le référendum interne au Parti socialiste sur le traité constitutionnel européen. Personne n'est en mesure de dire aujourd'hui quelle sera la décision des 120 000 militants socialistes qui voteront toute la journée du 1er décembre. La campagne est menée par les partisans des deux camps comme une véritable campagne électorale, avec meetings, débats contradictoires et petites phrases assassines.

Séisme pour la majorité aussi

L'enjeu est énorme. Si le oui est majoritaire au PS, la situation politique ne sera pas affectée. Sauf pour Laurent Fabius, actuel numéro deux de son parti et défenseur du non, qui perdrait tout espoir d'être le candidat socialiste à l'élection présidentielle de 2007. Jacques Chirac pourrait lancer son référendum de ratification avec un bon espoir qu'il se conclue par un oui. Mais si le non l'emporte au PS, ce sera un tremblement de terre non seulement pour les socialistes, mais aussi pour la majorité et pour Jacques Chirac.

La légitimité de François Hollande, le premier secrétaire du PS, et de sa majorité, affaiblie par l'alliance entre Laurent Fabius et ses partisans avec les deux courants minoritaires du parti, serait remise en cause. Avec à la clé une crise qui pourrait aboutir à l'éclatement du parti, ou même à un retour de Lionel Jospin en homme providentiel. Quant à Jacques Chirac, il serait peut-être soulagé de voir ses adversaires se déchirer, mais la suite de son quinquennat échapperait à tout contrôle.

D'ici au 1er décembre à minuit (le scrutin au PS s'achève à 22 heures), la politique française se déroule dans une boîte noire où se jouent l'avenir du gouvernement et la bataille pour les candidatures de droite et de gauche à l'élection présidentielle de 2007.