Dénigrement

En France, les politiques en mode cyberdéfense

L’inquiétude de manipulations informatiques a gagné l’Hexagone depuis les attaques portées contre Alain Juppé sur les médias sociaux

Alain Juppé n’est pas revenu sur le sujet lors de sa première rencontre avec la presse depuis sa défaite en finale de la primaire de la droite, le 27 novembre. Le maire de Bordeaux n’a pourtant pas digéré les attaques portées contre lui sur les médias sociaux. En cause: une campagne de dénigrement systématique accusant «Ali» Juppé d’avoir convaincu l’Etat d’investir 20 millions d’euros dans le projet de grande mosquée de sa ville.

Lire aussi:  L’Allemagne en première ligne de la guerre de désinformation

Internet, champ de bataille politique

Des allégations fausses, puisque l’édifice n’est toujours pas sorti de terre, et que les pouvoirs publics se sont tenus à distance. Mais le coup a porté. Avec, comme cible de la colère du camp Juppé, la fameuse «fachosphère», qui a fait de l’internet son champ de bataille politique. Au point d’être aujourd’hui soupçonnée d’être derrière les accusations du même acabit contre «Farid Fillon»: «Certains sites comme le blog Fdesouche sont des plates-formes de pilonnage très fréquentées, avec plus d’un million de visites par mois», explique David Doucet, auteur d’une enquête sur l’emprise de la droite extrême sur le net (Ed. Flammarion). «Or si l’on croise les sources, on retrouve beaucoup de ces contributeurs sur le site complotiste Boulevard Voltaire ou… Russia Today».

Pour l’heure, personne en France n’a accusé Moscou d’être à l’origine, ou de contribuer à une campagne massive de désinformation. Les soupçons à l’égard de Vladimir Poutine sont plutôt de l’ordre de l’influence vu le poids du lobby russe et le compagnonnage politique étroit entre le maître du Kremlin et au moins trois candidats: Marine le Pen pour le Front national (financé en partie par des prêts russes), François Fillon pour la droite (sa proximité politique sur les dossiers syrien et ukranien est revendiquée) et Jean-Luc Mélenchon pour la gauche radicale.

Lire également:  La cyberattaque de RUAG a réveillé la Suisse

Hypothèse d’une menace russe envisagée

L’hypothèse d’une cybermenace russe est toutefois prise en compte par le ministère de la Défense, dont le centre d’observation électronique basé à Rennes a relevé en 2016 «des dizaines de tentatives de hacking sur des sites de partis ou de la société civile en provenance de Russie». L’attaque informatique subie par la chaîne francophone TV5 en avril 2015 – qui porterait la marque de hackers russes – pourrait ainsi avoir été un «galop d’essai». Un séminaire de sensibilisation des partis politiques a depuis été organisé par le secrétariat général de la défense le 26 octobre 2016. L’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information (Anssi) s’est également dotée d’une cellule «présidentielle».

Publicité